En rase campagne dans l'Indiana

Lundi 24 novembre 2008 1 24 /11 /Nov /2008 18:15

Meuh Année électorale ou pas, l'Amérique d'aujourd'hui est aussi celle de gens des campagnes qui ne croient pas que Washington puisse changer leur vie. Peut-être ne le veulent-ils pas d'ailleurs. Bucky Cullison est de ceux-là.

Martha Des familles d'agriculteurs ont sculpté le paysage du sud de l'Indiana de génération en génération. Chez les Cullison, il faut en remonter cinq pour trouver celui qui a planté le premier poteau de la ferme, à vingt-cinq kilomètres au sud de Bloomington. Des gens simples qui, comme leurs voisins, ne courent pas après la fortune, les subventions et les profits de l'agriculture intensive.

Ici, on se contente de vivre en restant fidèle à ses traditions, un curieux mélange où se marient la religion et le respect de la nature. Martha Miller, avec son mari Tim, aide son père, Bucky, à mener sa petite exploitation bovine. Quinze vaches : juste assez pour occuper les journées du retraité sans l'épuiser.

Regardez ici :



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Soja Dans un mois, il compte vendre pour 900 dollars à l'abattoir le bœuf qu'il traite de stupid idiot à la fin de la vidéo. Ce n'est pas avec ça qu'il pourra se payer une assurance maladie ou une retraite digne. Heureusement qu'il avait un emploi à l'Université de Bloomington...

Neuf fermiers sur dix font comme lui: ils ont un vrai métier et la ferme n'est plus qu'un hobby, un toit et une réserve de nourriture. Que les recettes équilibrent les dépenses, et ça suffira. L'éleveur de l'autre côté de la colline, par exemple, assure le ramassage scolaire tous les matins après avoir nourri son bétail.

Aussi Bucky ne voit-il plus que le bon côté des choses : une vie saine sur la terre de ses ancêtres qui l'a vu naître et le verra mourir, un jour, le plus lointain possible. Il a transmis sa passion à sa fille Martha. Regardez ici:

 

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Et il continue à la transmettre à ses deux petites-filles, espérant que l'une d'elles, au moins, partagera son attachement à la terre et perpétuera la tradition. Loin du bruit des villes.

Si loin qu'ici les querelles de Washington apparaissent bien secondaires et Bucky, probablement conservateur, n'aime pas parler de politique. Pas parce qu'il refuse d'aborder le sujet mais parce qu'il préfère parler d'autre chose : son étang poissonneux, ses noix qui sèchent sur le chemin, son tracteur, ses épis de maïs de décoration... Et ça lui semble tellement plus passionnant, tellement plus réel.

Franck


Vache_2


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Lundi 24 novembre 2008 1 24 /11 /Nov /2008 18:13

Obama L'humour comme arme politique: c'est toujours à double tranchant car il faut avoir le talent pour ne pas taper à côté. Barack Obama en général fait mouche et ses partisans se débrouillent plutôt bien eux aussi.

Nous avions sympathisé avec Merill Hatlen, il y a une dizaine de jours sur le marché de Bloomington. Depuis, il nous alimente régulièrement d'emails humoristiques. Et le dernier qu'il nous a envoyé était particulièrement hilarant. Il relatait l'un de ses cauchemars potentiels dans lequel McCain l'emportait d'une seule petite voix le 4 novembre prochain.

A apprécier sans modération. Pas de version française cette fois-ci.

Regardez ici :

Les «no speaking english people» auront quand même compris à quel point notre ami Merill, démocrate convaincu, se sentirait coupable s'il oubliait de se lever le 4 novembre. Nous ne savons pas en revanche ce qui lui ferait le plus mal : les insultes de la pauvre femme qui a fait la queue pendant cinq heures pour voter ou les compliments de George W. Bush ?

En tout cas quel talent ! Bravo aux vidéastes comiques américains !

Et quel déluge de messages pro-Obama en tous genres sur Internet! Depuis les primaires, le sénateur de l'IIlinois a mis en branle une véritable machine de guerre qui lui a permis de faire passer tout ce qu'il a à dire et —ce qui n'est pas moins important— de gagner des millions en demandant pratiquement tous les jours à des milliers d'internautes de donner une petite pièce pour financer sa campagne. Il suffit d'être entré une seule fois en contact avec ses équipes pour être fiché et relancé jour après jour.

Sur la toile aussi les petits cours d'eau formant les grandes rivières, Barack Obama s'est ainsi retrouvé avec un trésor de guerre plus important qu'aucun autre candidat avant lui. De quoi écraser McCain sur la scène publicitaire en inondant le marché.

D'après les sondages effectués ici ou là, le monde entier voterait Obama s'il en avait la possibilité.  Et d'après d'autres sondages qui n'en finissent plus de lui être favorables, les Américains sont prêts à le choisir pour président.

La presse aussi a fait son choix et Internet aussi depuis longtemps. N'en jetez plus.

Franck



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Lundi 24 novembre 2008 1 24 /11 /Nov /2008 18:10

Bucky Cullison est un retraité américain qui continue à s'occuper de son élevage bovin à 25 kilomètres de Bloomington. De bonne humeur mais discret sur ses préférences électorales, il nous fait une réponse de Normand... qui en dit long sur l'incertitude du vote du 4 novembre.

Regardez ici :



 

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Lundi 24 novembre 2008 1 24 /11 /Nov /2008 18:09

Vieux «Tough»: au-delà de tout ce qui sépare les deux candidats, ce mot réunit John McCain et Barack Obama. Ce mot qui signifie «rude», ils l'utilisent l'un comme l'autre fréquemment car c'est lui qui leur vient à l'esprit quand ils doivent décrire les temps actuels.

Et c'est vrai que les Etats-Unis sont un pays tough et que la période l'est encore davantage. Cette dureté frappe particulièrement tous ces Américains qui, en plus d'être touchés par la crise économique, doivent lutter contre une maladie. Quand il faut payer pour se faire soigner, ceux-là se retrouvent souvent seuls face à elle. Démunis, les poches vides et des dettes plein les tiroirs.

Canada Marie-Josée Bertrand connaît bien le système de santé américain. Thérapeute du sport, cette Québécoise travaille à l'hôpital de Bloomington depuis des années et dispose donc d'une assurance maladie. Mais cela ne suffit pas à la rassurer et sa décision est prise: bientôt, elle partira avec son garçon s'installer au Canada où il est moins risqué de tomber malade et de vieillir.

Regardez ici :

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Pour tenter de faire évoluer le système, le docteur Robert Stone a participé à la fondation de l'association Hoosiers for commensense health plan qui milite pour la mise en place d'«un plan de santé commandé par le bon sens». Il s'active et il veut croire que le temps est venu pour que les choses changent.

Regardez ici :


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Sur le document que ce médecin urgentiste de Bloomington nous a laissé lors de notre entretien la semaine dernière, on peut lire ceci qui se passe de commentaires.

Les mauvaises notes de l'élève américain

Le système de santé américain a été classé au 37ème rang mondial par l'Organisation mondiale de la santé. En matière de mortalité infantile, il est encore plus bas dans ce classement: 42ème; derrière Cuba et Taïwan.

Aux Etats-Unis, les dépenses de santé par habitant sont les plus élevées au monde. Deux fois plus élevées qu'au Canada. Trois fois plus qu'en Grande-Bretagne ou qu'au Japon.

Un Américain sur six n'a aucune couverture santé. Cela représente 47 millions de personnes. En 2004, l'institut de médecine a calculé que 18 000 personnes meurent chaque année simplement parce qu'elles n'ont pas de couverture santé. C'est, tous les ans, presque six fois plus que les victimes du 11 septembre 2001.

Les frais médicaux sont la principale cause des faillites personnelles. Encore plus surprenant, 75% des personnes mises en faillite avaient une assurance au moment où elles ont eu des problèmes de santé.

Dans l'Indiana, ce n'est pas mieux

790  000 Hoosiers (dont 152 000 enfants) n'ont pas de couverture santé. Cela représente 13% de la population.

Cet Etat a un des ratios par habitant les plus élevés du pays pour le nombre de faillites personnelles dues à des problèmes de santé.

Indianapolis est la deuxième ville des Etats-Unis la plus chère pour les primes d'assurance santé.

Anthem/Wellpoint, qui a son siège à Indianapolis, est une des plus importantes compagnies d'assurance santé des Etats-Unis. Son précédent directeur général a reçu en 2003 un bonus de 42,5 millions de dollars. Un travailleur au Smic américain devrait travailler 3 493 ans pour gagner autant d'argent... et ce travailleur n'aurait probablement pas la possibilité de se payer une assurance santé.

Derrière les chiffres, des vies

Derrière ce bref panorama chiffré, il y a des réalités humaines.

Au cours de notre discussion avec le docteur Robert Stone, nous en sommes venus à parler de Leigh Lancour, cette femme de 40 ans très grièvement brûlée dans l'incendie d'un mobile-home il y a trois semaines (cliquez ici pour revoir ce reportage).

Les sommes dépensées pour sauver et soigner cette habitante de Bloomington seront au bout du compte évidemment folles. Sauf à faire fortune par miracle, elle ne pourra jamais les rembourser intégralement. Mais, assure le docteur Robert Stone, Leigh Lancour est endettée jusqu'à la fin de ses jours.

Bruno



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Lundi 24 novembre 2008 1 24 /11 /Nov /2008 18:07

Boots L'Irak aurait pu être le Vietnam de George W. Bush. Une guerre impopulaire qui le pousse à disparaître. Finalement, ce gâchis militaire est passé au second plan des préoccupations de l'électorat. Loin derrière la crise économique. Le sujet demeure cependant prégnant tant il touche les familles américaines dont les réactions sont variées.

«Mes deux fils sont en Irak. C'est la vie, on n'a pas le choix. Que vouliez-vous qu'on fasse d'autre après les attentats du 11 septembre ? Il ne faut pas laisser les terroristes tranquilles sinon ils se croiront assez forts pour revenir», raconte Ed, un camionneur rencontré dans l'un de ces fast-foods en bordure d'autoroute.

Jeff Padgett, agriculteur de Springville, pense tout le contraire. Quelle connerie la guerre ! Regardez ici :




 

(Pour visionner la version originale, cliquez ici)

Ce n'est pas parce que Barack Obama a levé le tabou et montré qu'on pouvait être américain tout en s'opposant à l'intervention militaire à Bagdad que toute l'Amérique le suit. On apprend toujours, dès le lycée dans les classes de préparation militaire, Reserve Officers' Training Corps (ROTC), que le pays doit défendre sa liberté l'arme au poing. Et le capitaine Sherven, instructeur ayant servi pendant un an et demi en Irak depuis 2004, rencontré à Indianapolis, a raison de dire : «Chaque jour, les gens viennent à moi pour me remercier. La population, qu'elle soit d'accord ou pas avec l'intervention, nous témoigne plus de respect qu'avant la guerre.» «Les gens apprécient ce que nous avons fait et ce que nous continuons à faire à l'étranger», renchérit son collègue, le capitaine Tscherne qui s'est battu en Afghanistan.

Flag La plupart des jeunes militants, dont la candidature de Barack Obama a suscité la vocation, applaudissent sa promesse de faire rentrer les soldats au pays l'année prochaine alors que John McCain estime qu'il faudra attendre cinq ans de plus. Mais la question irakienne ne sera finalement pas aussi déterminante dans le vote de novembre que les préoccupations économiques.

Ce n'est pas parce qu'une majorité d'Américains admet aujourd'hui qu'il n'aurait pas fallu y aller qu'elle estime qu'il faut en revenir au plus vite. Au contraire, 60% pensent que l'armée doit s'y maintenir et ils sont de moins en moins nombreux à critiquer les opérations actuelles même si cette guerre coûte 100 milliards de dollars par an. Une estimation moyenne qui varie d'une source à l'autre.

Informée du caractère grossièrement mensonger des raisons avancées par l'administration Bush pour lancer les hostilités, l'opinion publique américaine sanctionne le président sortant d'un record d'impopularité sans en faire porter la responsabilité à la totalité du camp républicain. La belle affaire puisque Georges Bush le Second ne peut plus se présenter à sa succession.

Le questionnement risque fort de s'arrêter là avec ce retour au fatalisme d'une guerre qui n'aurait pas de fin. Et la voix de Vince Emanuele, ce vétéran de la paix rencontré l'an dernier, qui avait déposé 136 paires de bottes sur les marches du monument central d'Indianapolis en hommage aux soldats morts en Irak, risque de résonner dans le vide.

Regardez ici :


(Pour visionner la version originale, cliquez ici)

Vince avait 23 ans quand deux avions se sont écrasés sur les tours jumelles de New York. Il avait alors été saisi d'un réflexe patriotique qui l'avait conduit à s'engager dans l'armée d'autant plus vite qu'il n'avait pas les moyens de se payer des études supérieures. Il avait vu des jeunes comme lui partir traquer Oussama Ben Laden en Afghanistan et fut fier, deux ans plus tard, d'aller «continuer le boulot» en Irak.

«J'étais dans l'infanterie, je contrôlais les voitures sur les barrages à la recherche d'explosifs et j'inspectais les immeubles suspects, raconte-t-il. On essuyait constamment des tirs de mortier. Moi qui croyais aller à la rencontre d'un peuple pour le libérer, j'ai vite compris que les Irakiens nous considéraient comme de vrais enfoirés. Il était impossible d'ouvrir le dialogue avec les civils. C'était une situation absurde, il y avait tous les jours des maisons détruites, des victimes chez les civils et je ne me voyais pas aller leur dire que nous ne voulions pas bombarder leur propriété ou tuer leurs amis. Je n'imagine pas combien d'ennemis nous nous sommes créés à cause des opérations de notre armée. Les démocrates comme les républicains veulent continuer la guerre. Cela me brise le cœur. Les hommes politiques de ce pays ne comprennent toujours pas que la principale source de violence en Irak est directement liée à l'occupation américaine.»

Obama015 Barack Obama a bien dit un jour à ce propos: «Je ne suis pas opposé à toutes les guerres, je suis seulement contre les guerres stupides.»

Franck



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