En rase campagne dans l'Indiana

Lundi 24 novembre 2008 1 24 /11 /Nov /2008 18:33

Blackchurch Elle s'exclame, elle murmure, elle rit, elle pleure, elle saute, elle exhorte, elle apaise... Patricia A. Efiom serait-elle un pasteur comme les autres ? Cette mère de cinq enfants qui vient du Queens new yorkais dirige depuis deux ans les services de l'une des églises noires de Bloomington. Pour elle, son style de prêche n'est rien d'autre que l'héritage ô combien expressif des chants de l'esclavage.

Lorsqu'il avait été attaqué sur les propos, jugés injurieux, de son révérend Jeremiah Wright, Barack Obama avait répliqué à Philadelphie par un discours historique sur le racisme en mars dernier.

Blackchurch2 Un demi-siècle après les lois qui ont mis fin à la ségrégation, il faisait remarquer que les Américains continuaient à se séparer, de leur plein gré, tous les dimanches matins pour se rendre à la messe ou au service protestant.

Nous avons donc souhaité nous asseoir nous aussi sur les bancs de ces églises qui sont, soit noires, soit blanches. Rarement métisses. Si les bedeaux de l'église blanche du village très conservateur Hendicksville ont préféré tenir notre caméra à l'écart de leur cérémonie, ce qui est leur droit le plus absolu, la communauté de la Bethel African Methodist Episcopal Church (Bethel AME) nous a ouvert grand les portes pour nous faire partager son dimanche matin de recueillement et d'expression.

Venez partager ce moment émouvant ici et écouter la présentation qu'en fait le pasteur Patricia A. Efiom :




 

(Pour visionner la version originale, cliquez ici)

Loin des grands messes télévisées des grands prédicateurs, le service de la salle à moitié vide de Bethel AME offre un moment de fraternité et de ferveur puissant à la communauté noire de Bloomington. Leur église est née des douleurs de l'esclavage et a pris racine dans leur ville en 1870.

Les fidèles, parmi lesquels on reconnaît quelques Blancs, y parlent bien sûr de leur foi en Dieu mais aussi de leurs problèmes personnels et de leurs questionnements sur les mutations de la société. En ces temps cruciaux, le pasteur exhorte l'assistance à ne pas avoir peur du changement et à aller voter...

Franck




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Lundi 24 novembre 2008 1 24 /11 /Nov /2008 18:31

L'une est le pasteur de l'église noire méthodiste de Bloomington. L'autre, lBiblee pasteur de l'église blanche de Hendricksville, à une quinzaine de kilomètres au sud.

La première est démocrate et attend beaucoup de Barack Obama. Le second ne votera jamais pour lui. Républicain de tradition, il n'était pourtant pas encore sûr, au moment où nous l'avons rencontré, de voter pour John McCain qu'il considère trop libéral sur la question de l'avortement.

Patricia A. Efiom et Keevin Gray sont également habités par la foi chrétienne et l'un comme l'autre, ils jouent, dans leur communauté, le rôle de guide spirituel.

Nous les avons interviewés à trois semaines d'intervalle, au hasard de nos pérégrinations dans cette partie de l'Indiana. Et nous avons avec eux notamment discuté de la question du racisme.

En chœur, ils reconnaissent que le poids de l'histoire pèse encore sur la société américaine. Et ils soulignent que, si des progrès ont été réalisés, les préjugés résistent dans les esprits de bon nombre de leurs concitoyens.

Ils se rejoignent aussi pour regretter que ces murs ne soient pas encore tout à fait tombés. Chacun avec son style, chacun avec son tempérament et avec son héritage familial ou culturel. Patricia A. Efiom en parle avec passion et avec révolte. En l'écoutant, on la devine pleinement engagée dans un combat.
Regardez ici l'interview de Patricia A. Efiom :



(Pour visionner la version originale, cliquez ici).

Keevin Gray l'évoque avec plus de retenue mais pas avec moins de sincérité. Dans son village, les Afro-américains sont très rares. Peut-être n'y a-t-il aucune famille noire installée dans les environs.

Regardez ici l'interview de Keevin Gray :



(Pour visionner la version originale, cliquez ici).

En associant ces deux témoignages, on a le sentiment que la religion joue, malgré elle, un rôle contradictoire. D'un côté, ces deux pasteurs prêchent l'amour entre les hommes quelle que soit la couleur de leur peau. Ils participent à faire évoluer les esprits. Ils comptent, dans leur village ou dans leur ville, parmi ceux qui s'attaquent aux préjugés.

Mais d'un autre côté, ils sont les héritiers de cette tradition chrétienne américaine qu'ils font vivre et qu'ils perpétuent. Or dans ce pays, les églises se sont construites sous l'impulsion d'une communauté. A chacun selon son passé et à chacun selon sa liturgie. Les Noirs ici, les Blancs là.

On est donc tenté de se dire que s'il n'y avait qu'une seule Eglise américaine (ou une Eglise largement dominante), elle pourrait aujourd'hui être un facteur d'intégration et de mélange autrement plus efficace. Et ce, quel qu'ait été, au cours de l'histoire, sa position vis à vis de l'esclavage. Mais cela est pure fiction.

Bruno



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Lundi 24 novembre 2008 1 24 /11 /Nov /2008 18:29

Martinsville Une mauvaise réputation, ça vous colle à la peau encore plus sûrement qu'une vieille sueur. Située sur la route 37, entre Indianapolis et Bloomington, Martinsville le sait bien. Depuis des décennies, il se dit plus ou moins fort qu'elle est une ville de xénophobes, le siège occulte du Ku Klux Klan, le théâtre d'incidents ou de paroles racistes.

L'affaire n'est pas nouvelle mais elle circule toujours. Il suffit d'aller traîner sur Internet ou, tout simplement, d'en parler autour de soi, ici dans cette partie de l'Indiana, pour le constater. Encore aujourd'hui, il se répète qu'il ne fait pas bon être Noir et avoir besoin de s'arrêter à Martinsville pour faire le plein d'essence quand on descend vers le sud depuis Indianapolis. Il se dit aussi, et parfois même il s'écrit dans les journaux locaux, qu'il n'est surtout pas prudent d'y faire halte à la nuit tombée lorsqu'on n'a pas la couleur de peau d'un vrai wasp.

A Martinsville, c'est vrai, les Noirs sont rares: 11 sur 11 698 personnes au recensement de 2000. Mais cela ne fait pas de ses habitants, ni même de quelques-uns, d'indécrottables racistes.

Si le Ku Klux Klan y florissait au cours de la première moitié du vingtième siècle, cela ne signifie pas non plus que cette ville était une exception. Car, précise James H. Madison, un professeur d'histoire de l'université de l'Indiana cité par le New York Times, «Martinsville dans les années 1920 n'était pas plus un foyer du Ku Klux Klan que n'importe quelle autre ville de l'Indiana». Dans cet Etat, le mouvement raciste était en effet à ce point bien implanté qu'en 1925, il réussit à faire élire un de ses membres au poste de gouverneur.

Et pourtant, les décennies se sont succédé et avec elles, les sales histoires que l'on raconte sur Martinsville sans trop savoir si elles sont justes ou fausses. Des histoires de personnes insultées, frappées, menacées. Des incidents à caractère raciste qui se seraient produits pendant un match de basket opposant les équipes de Martinsville et de Bloomington.

Au-delà de ces récits qui alimentent la rumeur, le mort de Carol Jenkins, un soir de septembre 1968, aDsc00156 scellé la mauvaise réputation de la ville (pour en savoir plus sur cette affaire cliquez ici). Pendant trente-quatre ans, Martinsville a vécu à l'ombre du meurtre de cette jeune femme noire en plein mouvement pour les droits civiques. Chacun a gardé en tête que le meurtrier était un gars du coin. Un voisin peut-être, un ami ou un collègue de bureau. Jusqu'au jour où, enfin, le coupable a été arrêté à Indianapolis et qu'il est apparu qu'il n'avait jamais habité à Martinsville. Ce jour-là, la commune a été libérée d'un poids immense et son maire, Shannon L. Buskirk, a déclaré: «C'est un grand jour pour Martinsville.»

Mais le mal était fait et il s'était enraciné. Las d'avoir à traîner une telle réputation, les habitants ont pris l'habitude de dire haut et fort qu'ils en ont marre. Et ils ont accusé les professeurs des deux universités voisines, à Indianapolis et à Bloomington, d'entretenir la légende. Parmi eux, certains ont, à la fin des années 1990 , créée une association pour l'amélioration du dialogue entre les cultures.

On en continue pas moins à dire qu'il vaut mieux faire le plein d'essence ailleurs quand on est Noir et le témoignage que nous avons recueilli la semaine dernière ne va pas faire taire la rumeur. Au contraire.

Patricia A. Efiom est le pasteur de l'église afro-américaine de Bloomington. Quand nous l'avons interrogée sur le climat qui peut régner dans la région et notamment à Martinsville, elle nous a raconté comment elle a personnellement été confrontée au racisme.

Regardez ici :




(Pour visionner la version originale, cliquez ici).

Aussi accablant soit-il, ce témoignage ne fait pas de Martinsville un repaire qui n'abriterait que d'affreux racistes. Cela n'en fait pas davantage un cas à part dans cette partie des Etats-Unis. En 2002, au moment de l'arrestation du meurtrier de Carol Jenkins, le journaliste du New York Times écrivait: «C'est un endroit comme beaucoup d'autres où la haine raciale existe depuis des générations et où un héritage d'intolérance persiste toujours.»

Si c'était vrai il y a six ans et si c'est encore vrai aujourd'hui, alors il faut espérer que la possible élection de Barack Obama contribue à accélérer l'évolution des mentalités.

Bruno



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Lundi 24 novembre 2008 1 24 /11 /Nov /2008 18:27

Jenkinsok Carol Jenkins a été tuée d'un coup de tournevis dans le cœur, un soir de septembre 1968 alors qu'elle faisait du porte à porte dans Martinsville pour essayer d'y vendre des encyclopédies. Le corps de cette jeune femme de 21 ans a été découvert sur le bord d'une route. Et pendant trente-quatre ans, le mystère est resté entier.

Très vite, la piste du meurtre raciste est privilégiée car aucun élément ne permet de penser qu'il s'agit d'un crime à caractère sexuel. La réputation de Martinsville, fief du Ku Klux Klan, n'est déjà plus à faire et 18 mois auparavant, la ville a accueilli une réunion de l'organisation raciste. L'affaire Carol Jenkins prend immédiatement une ampleur nationale.

En 2002, alors que plus personne n'attend plus rien dans cette histoire, une femme de 41 ans brise le silence qu'elle gardait depuis tout ce temps. Elle raconte à la police que son père, Kenneth C. Richmond, a tué Carol Jenkins avec la complicité d'un autre homme blanc. A l'époque, explique-t-elle, elle n'avait que 7 ans et elle était dans la voiture le soir du drame. Détail sordide: son père avait acheté son silence en lui donnant 7 dollars.

Richmondok Kenneth C. Richmond était bien un membre du Ku Klux Klan. C'était aussi un homme violent, souvent ivre qui a été condamné pour des faits de violence. Sa fille en avait peur et il a fallu attendre qu'il soit très affaibli par un cancer pour qu'elle ose parler.

Après son interpellation à Indianapolis, Kenneth C. Jenkins n'est cependant pas jugé. La justice considère qu'elle ne peut pas condamner cet homme très malade âgé de 70 ans. En août, quelques mois seulement après son arrestation, le meurtrier de Carol Jenkins décède.

Cette histoire, qui a défrayé la chronique judiciaire américaine, est reprise par les journaux nationaux en 2002. Elle est une occasion de replonger dans le passé trouble de la ville et au-delà de l'Indiana ou de l'ensemble des Etats-Unis.

Le journal local de Martinsville publie le courrier d'une lectrice qui était lycéenne dans cette ville lorsque Carol Jenkins a été tuée. Voici ce qu'elle y écrit tel que le New York Times le rapporte à son tour: «J'ose dire qu'en 1968, la plupart des gens qui vivaient ici auraient pu imaginer quelqu'un parmi leurs connaissances qui aurait pu avoir ce genre de colère ou de rage pour faire quelque chose d'aussi méprisable (ndlr, que ce meurtre).» Les racistes qui haïssaient les Noirs, ajoute-t-elle, étaient à l'époque si nombeux que «si vous n'en étiez pas un, vous connaissiez quelqu'un qui l'était. Cela pouvait être un voisin, ou votre grand-père ou votre oncle Bob».

Bruno



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Lundi 24 novembre 2008 1 24 /11 /Nov /2008 18:25

Bush Un micro qui tend les bras et quelques personnes assises devant une bière en guise de public. Il n'en faut pas plus pour que le débat politique s'engage.

Des potes musiciens d'un groupe de rock appelé Snake Doctor ne laissent pas passer l'occasion. En quelques minutes, ils disent ce qu'ils ont dans la tête et ce qu'ils ont sur le cœur. Et loin d'être uniquement militants, les mots de ces Américains démocrates sont des appels à la bonne entente et à la réflexion. Même si, au bout du compte, l'intervenant qui a été le plus applaudi reçoit en récompense une baudruche George W. Bush, il n'y a dans leur bouche aucun accent de sectarisme.

Quand Penny Little, la Californienne, s'arrête de chanter (cliquez ici pour visionner son interview). Quand elle éteint l'écran sur lequel elle vient de diffuser son film anti-Bush, elle tend son micro. Depuis que cette artiste bourlingue à travers les Etats-Unis et jusqu'en Europe, son show est ainsi fait: maintenant qu'elle a dit ce qu'elle avait à dire, c'est à chacun de faire passer son message.

Ce soir-là, au Players Pub de Bloomington, il n'y a pas foule. Mais un groupe local de rock attend de monter sur scène à son tour. Des copains cinquantenaires qui s'amusent à être ensemble et à taquiner quelques standards (cliquez ici pour les voir et pour les écouter).

Si l'endroit ressemble plus à un repaire de démocrates qu'à un lieu de rendez-vous de républicains, rares sont les interventions qui appellent clairement à voter pour Barack Obama ou qui critiquent John McCain. Encore plus rares sont celles qui se contentent d'un discours militant.

Quelques-uns invitent à réfléchir à un problème de société particulier: le contrôle de l'information pour l'un ; la faillite du système de santé pour l'autre. Mais la plupart s'attachent surtout à lancer un appel à l'unité, à la bonne entente au-delà des divergences politiques.

Regardez ici :

(Pour visionner la version originale, cliquez ici).

Ces Américains ne sont peut-être pas représentatifs des Américains. Dans ce pays si vaste et si divers, quel citoyen pourrait d'ailleurs le prétendre? Mais ils ont donné ce soir-là une belle image du débat démocratique dans leur pays. Un débat sans haine ni mépris.

Ils ont été bien loin de la bêtise de ce Californien qui a cru malin et utile de pendre au bout d'une corde un mannequin ressemblant à Sarah Palin. Si la clameur publique et médiatique a unanimement reprouvé cette façon très douteuse d'afficher ses préférences politiques, reconnaissons qu'elle n'a pas été assourdissante. Que n'aurait-on, à juste titre, entendu si un républicain s'était amusé à en faire de même avec un mannequin ressemblant à Barack Obama.

Bruno



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