Le troupeau n’en a plus que pour dix ans
Pétitions et manifestations n’y ont rien changé, le patrimoine mondial botanique de La Réunion ne s’accommode pas du patrimoine humain et pastoral que défendent les derniers bergers de La Réunion. Si l’affaire suit son cours, dans dix ans les cloches des vaches du volcan ne tinteront plus.
Consultez également le blog de l'éleveur
Ils ont résisté et résistent encore mais leur histoire semble déjà écrite. Dans dix ans les Bègue, derniers éleveurs bergers de La Réunion auront dû quitter leur plateau du Cassé de la Rivière de
l’Est dans les hauts du massif de la Fournaise. Les divagations de leur troupeau d’une cinquantaine de vaches ne sont pas compatibles avec la préservation de la forêt telle que la conçoivent
l’Office national de forêts et désormais le Parc national. «De toute façon, on n’a pas le choix», lâche Gérard Bègue, l’un des fils du patriarche Axel. En plus d’aider son père dans les
pâturages,
il se dépense sans compter pour
défendre la tradition du pastoralisme à La Réunion. Il tient à jour le blog de l’Association pour la défense de l’élevage pastoral et son patrimoine (ASDEPP) et porte son message dans les foires,
dans les manifestations et auprès des institutions.
L’évolution des dernières négociations, sous l’égide de la sous-préfecture de Saint-Pierre, est près d’aboutir à un accord de principe : rien n’est signé mais l’éleveur accepterait une concession
limitée à dix ans, non transmissible, en contrepartie de nouveaux espaces (environ 110 hectares) où il pourrait poursuivre son activité. «On n’a pas le choix, répète Gérard. Mais on demande
encore à voir les terrains qui nous seront proposés. On ne veut pas prendre le pain d’autres éleveurs. Et il ne faut pas croire que sur 100 hectares on pourra perpétuer la tradition du
pastoralisme extensif comme il existe ici sur un millier d’hectares. Il faudra sans doute épandre de l’engrais sur les prés et nourrir les bêtes avec des aliments pour bétail. Ce ne sera plus
naturel comme aujourd’hui. Il faudra aussi, pour les dix ans qui restent à passer sur la Rivière de l’Est, nous permettre d’améliorer la bergerie pour qu’on puisse y dormir dans des conditions
décentes».
Le bonheur est dans le pré
Justement, qu’en est-il de ce coin de volcan et
de son histoire telle que racontée par les Bègue, derniers bergers de La Réunion? Une histoire forcément subjective, mais authentique, faite de tempêtes, de coups de tonnerre, de dur labeur, de
conflits avec les gardes-chasses ou les braconniers mais aussi de jeux d’enfants dans la prairie. Comme si le bonheur y était. Cours-y vite, cours-y vite. Les cow-boys «péi» s’y rendent toutes
les semaines ou tous les quinze jours. Dès les premiers hectomètres, sous le parking du gîte du volcan, on entend des cloches dans les sous-bois. Un groupe de «copines» ruminantes a pris
l’habitude de remonter assez haut. Ce qui oblige les Bègue à de longues courses entre le Cassé et la Plaine des Sables pour garder le contrôle du troupeau. Contrairement à leurs homologues
américains, ils n’ont pas de cheval. Mais Axel amène quand même son fusil parce que les chiens des braconniers risquent parfois de mettre les vaches en danger et, aussi, parce que les lieux ne
sont pas si sûrs. La bergerie a été incendiée par des malfrats menaçants il y a quelques années.

En cette période de vacances, quatre marmailles accompagnent Axel et ses deux fils, Gérard et Armand. Les gosses courent à l’avant, jouent à cache-cache dans les arbres et Armand doit parfois
hausser la voix pour qu’ils laissent les vaches tranquilles. «Si vous criez devant le troupeau comment voulez-vous que je fasse rentrer les bêtes dans l’enclos?», leur lance-t-il. Il doit en
effet boucler les oreilles des veaux nés ces derniers jours. Il en a repéré trois. Impossible de procéder à ce marquage en pleine nature. Les petits sont trop craintifs et la mère les protège.
Les trois bergers guident donc les vaches dans un couloir bordé de fils barbelés. Une fois les bêtes prises au piège, Gérard «rentre dans le tas» de manière à placer les vaches allaitantes à
l’avant. Les petits les suivent dans un corridor plus étroit. C’est à ce moment que le père, Axel, parvient à bloquer les deux veaux en glissant des branches devant et derrière eux. Armand peut
alors leur accrocher leurs boucles d’oreille jaunes ornées d’un code-barre.
Plus tard, ils seront dotés d’un joli collier
où pendra une cloche importée d’Italie. C’est obligatoire afin de pouvoir localiser les bovins. Et c’est ce qui différencie les vaches libres et sonnantes du volcan de celles divaguantes du Maïdo
(lire Quotidien du 10 juillet dernier). Ici, l’élevage est revendiqué et réglementé alors que dans les hauts de l’Ouest, en dehors des pâturages dûment attribués, c’est la clandestinité qui
prévaut.
Vaches, caris et petit rhum
Dans quelques jours, le vétérinaire doit ausculter les vaches du Cassé de la Rivière de l’Est. Axel Bègue, ses fils et petits-fils auront donc à courser les différents groupes d’affinité pour les
conduire dans un enclos de «semi-liberté» d’environ 35 hectares. «Il faut courir tout le temps, raconte Armand. Si on n’était pas régulièrement derrière elles, elles descendraient jusqu’à
Sainte-Rose». Les bergers comptent également sur leurs chiens pour les aider à ramener les vaches récalcitrantes.
À force d’arpenter la forêt de tamarins et la savane Cimetière, les Bègue les connaissent par coeur. Mieux que quiconque. Ils font plus que renseigner les promeneurs circulant sur le sentier qui
traverse la zone. Ils leur proposent un petit café chauffé au feu de bois. Et il n’est pas rare qu’ils partagent leur cari. Le père sert un rhum arrangé à la prune «péi» qui parfume ensuite le
souffle des marcheurs. Bref, la bergerie a pris des allures d’escale touristique. Une vocation nouvelle que souligne un panneau de l’ASDEPP fixé sur son mur extérieur.
Leurs efforts en communication ont permis aux derniers bergers de La Réunion de gagner la bataille de l’opinion publique. Ils ont recueilli 2 500 signatures sur une pétition déposée il y a un an
en sous-préfecture. Ils ont volontiers joué le rôle de guides pour les responsables du Parc national lorsqu’ils espéraient que cette nouvelle structure leur soit plus favorable que l’ONF qui ne
leur accordait plus de concession depuis dix ans. En vain. Leurs vaches sont considérées comme nuisibles au patrimoine botanique et à la biodiversité réunionnaise. Et c’est avec une amertume
certaine que Gérard Bègue suit son troupeau de ravines en points d’eau et de savanes en sous-bois.
«Ils nous ont proposé de clôturer une zone de 100 hectares puis de 150 hectares, explique-t-il. Si c’était possible, on dirait mille fois oui. Hélas ça ne l’est pas, il n’y a pas un secteur
homogène viable avec suffisamment d’herbe pour un troupeau de 50 vaches. Elles vont brouter par îlets d’un endroit à l’autre. La seule solution aurait été d’installer une clôture au sud du
plateau pour les empêcher d’aller vers les mares qui ont un véritable intérêt biologique et de descendre vers Sainte-Rose». C’était un rêve.
Franck CELLIER
Quand l’ONF encourageait l’élevage…
Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Il ne faudrait donc point s’étonner qu’à quelques décennies d’intervalle, des établissements publics chargés de la protection (et de
l’exploitation) de la forêt émettent des avis diamétralement opposés sur l’utilité de l’élevage du Cassé de la Rivière de l’Est. Nous avons déniché un rapport de l’ONF datant de septembre 1975
intitulé «Mise en valeur sylvopastorale de la Plaine des Cafres». En ce temps-là, les a priori colonialistes étaient encore bien ancrés comme le révèle ce passage décrivant la situation en 1950
et plus particulièrement «les hommes» : «En règle générale, les éleveurs ne sont pas propriétaires fonciers. De mentalité spéciale (sic), ils n’ont aucun désir d’améliorer ni même de sauvegarder
les terres qu’ils ne possèdent pas. Doux, mais paresseux, (re-sic) le Créole des Hauts est foncièrement individualiste. Sa répugnance au changement est considérable. Souvent victime des
intermédiaires, méfiant vis-à-vis de son entourage, il reste hostile à une discipline de groupe».
Au-delà de ces appréciations fort subjectives,
le document définit ainsi la politique sylvopastorale en réservant 5 000ha à la constitution de forêts de production et : «une superficie importante de l’ordre de 6 400 hectares, dont un quart au
bassin supérieur de la Rivière de l’Est et trois quarts à la Plaine des Cafres proprement dite, sera ouverte à l’élevage». Plus loin, le pâturage de la Rivière de l’Est est quantifié à 1 500
hectares et celui de Foc-Foc à 860 hectares.
Il était alors question d’ovins à la Rivière de l’Est. Dans ce rapport l’ONF était censé «concourir à la réalisation d’un atelier de filage et de tissage de la laine, à la construction d’un
local, à la mise au point et à la fabrication de rouets». On y lisait également que la construction de la route du volcan sur 23km devait permettre «le rapprochement et la mise en charge des
pâturages de la Rivière de l’Est et de Foc-Foc». L’Office s’engageait même à édifier des «chalets confortables pour le logement des pâtres».
Bref, les infrastructures avaient comme vocation première de profiter aux éleveurs. En plus le document vante l’action des ruminants pour éliminer les pestes végétales et notamment les ajoncs en
complément des abattages à la hache et des traitements chimiques : «un surpâturage temporaire des moutons sur les parcelles à l’état de jeunes pousses donne également de bons résultats».
Des vaches en meilleure santé
Il n’est dès lors pas étonnant qu’Axel Bègue soit persuadé que ses vaches protègent la forêt. Elles luttent selon lui contre les risques d’incendie en empêchant la croissance des herbes sèches. Pour lui, ce sont les exploitations de cryptomerias qui ont «mangé» la forêt réunionnaise et l’utilisation de scories qui a éparpillé des graines d’ajoncs. Fiers d’avoir obtenu le label d’agriculture raisonnée en 2008, les Bègue rappellent qu’en n’utilisant ni mécanisation, ni engrais, ni pesticide, ils participent à la préservation de l’environnement et à la promotion d’une alimentation saine. «Nos vaches de la Rivière de l’Est sont en meilleure santé que celles des élevages intensifs. Par exemple 96% des vêlages se font naturellement ici contre 50 à 60% dans les élevages conventionnels», assure Gérard.
Trois questions au Parc national
– Pourquoi, l’élevage de bovins du Cassé de la Rivière de l’Est doit-il quitter l’endroit?
– Le secteur du fond de la Rivière de l’Est est classé depuis 2007 en coeur de Parc national et fait partie du site inscrit au patrimoine mondial. Il abrite des milieux naturels rares, dont
l’intérêt patrimonial est fort : fourrés à Sophora, pelouses humides d’altitude avec de nombreuses espèces endémiques, dont certaines très rares, comme Eleocharis reunionis, petite plante
redécouverte l’année dernière par le Conservatoire Botanique alors qu’elle était considérée comme disparue. Ces milieux fragiles, qui ont évolué depuis des milliers d’années en l’absence de
grands herbivores, sont profondément perturbés par le pâturage et le piétinement. Les bovins transforment de manière irrémédiable les sous-bois, en provoquant ou facilitant la propagation de
végétaux envahissants qui prennent la place des espèces indigènes présentes auparavant. Le pâturage des animaux empêche également la régénération des arbres, tels que les tamarins des hauts, bois
de couleur ou les branles. À terme, ce sont ces milieux naturels qui sont menacés de disparition. A l’échelle de la planète, il faut prendre conscience que ces équilibres naturels sont très
fragiles, et que les écosystèmes présents sur notre île sont très limités dans l’espace.
– Quelle est la vocation de ce plateau du Cassé de la Rivière de l’Est à long terme?
– Ce site, que l’Office national des forêts avait géré comme réserve biologique, est un espace à vocation naturelle de protection forte déjà dans le Schéma d’aménagement régional (Sar) validé en
1995 et cette vocation est confirmée dans le Sar en cours d’approbation. Classé en coeur «naturel» du Parc et faisant donc partie du bien inscrit sur la liste du Patrimoine mondial, ce fond de
vallée entouré de remparts a une valeur écologique exceptionnelle. Dans notre île, c’est toute une mosaïque d’écosystèmes contigus, étagés selon l’altitude, qui apportent une biodiversité et des
paysages exceptionnels et diversifiés. Cette vocation naturelle est bien sûr compatible avec des activités de tourisme et de loisirs, pour peu que les flux soient maîtrisés et que les
comportements soient respectueux.
– Dans l’immédiat, quel compromis peut-il être trouvé?
– Lors du conseil d’administration du Parc du 29 avril dernier, les administrateurs ont admis le maintien de l’élevage pour une durée limitée sur une zone excluant les milieux naturels les plus
exceptionnels du site. Cette activité devra respecter un cahier des charges qui accompagnera cette autorisation spéciale. Une commission coordonnée par le sous-préfet de Saint-Pierre réunissant
les parties concernées travaille actuellement sur la détermination du périmètre sur lequel l’activité sera autorisée par la directrice du Parc national. Les éleveurs qui par le passé avaient déjà
bénéficié de terrains dans des périmètres agricoles ne sont pas menacés par cette décision. Il est important que la vocation des espaces soit respectée à l’échelle de l’île, et que les espaces
les plus favorables à l’agriculture soient bien réservés à cette activité.
Il y a eu un millier de moutons et de vaches
Selon la terminologie officielle, l’élevage d’Axel Bègue ne peut être toléré car il se situe dans le «coeur naturel du Parc national». S’il avait été dans le coeur habité c’eut été une
autre histoire… On comprendra donc que l’homme ne goûte guère cette nuance : «Ce n’est pas moi qui suis dans le coeur du Parc. C’est le Parc qui est entré dans mon coeur», lance-t-il en frappant
sa poitrine du poing. Il se rappelle encore de la première fois où il est descendu sur le plateau du Cassé de la Rivière de l’Est : «J’étais marmaille sur les épaules de mon père et on passait
par un chemin le long des rampes Liote à partir de l’oratoire Sainte-Thérèse. Pour dormir, papa construisait une cabane avec des bouts de bois en triangle et de la paille». Le sentier Liote, s’il
existait encore aujourd’hui, témoignerait d’une époque où le bétail était abondant sur cette vaste prairie du volcan entre savane et forêt.
D’abord il y eut des moutons, explique Gérard qui a enquêté auprès des anciens de la Plaine des Cafres, «la laine était remontée jusqu’à Bourg Murat, on en faisait des couvertures pendant la
guerre». Puis les bovins les ont peu à peu remplacés au gré des «droits» accordés par le gouverneur de la colonie. Il y eut plus d’un millier de bêtes sur le plateau. Selon l’ASDEPP, le premier
éleveur berger était un certain Rémi Payet, au début du siècle dernier. C’est lui qui aurait posé la statue de l’oratoire Sainte-Thérèse.
Quatre générations se sont succédé pour veiller les troupeaux. Il y eut un certain Liote, dont le nom a marqué le lieu. Ainsi que Marcellin Payet dont la photo est affichée sur l’actuelle
bergerie. «Il ne connaissait ni lire ni écrire mais il connaissait son code de la route», lance Axel admiratif. Lui a donné son nom au lieu «Camp Marcellin». Il n’en reste que quelques pierres
figurant le perron. «C’était une petite case mais elle tombait en ruine et des bouts de tôles rouillées jonchaient le sol. Les vaches risquaient d’en ingurgiter en broutant alors nous avons tout
démonté», raconte Gérard en désignant le tas des débris entreposés sous un tamarin.
«Ils ne pourront plus changer d’avis»
Après guerre plusieurs éleveurs se partageaient le même troupeau, ce qui n’allait pas sans générer des conflits entre eux. «Il y avait des vaches partout sur le volcan, jusqu’à Foc-Foc. Les
forestiers de l’époque crachaient les amendes car les zones d’élevages n’étaient pas bien délimitées. Il a fallu que l’un d’entre eux, un Corse du nom de Falconetti se porte garant des éleveurs
auprès des institutions pour que soit créée la coopérative des éleveurs de la Plaine des Cafres en 1959». Marcellin est mort en 1978. Un à un les éleveurs bergers du Cassé de la Rivière de l’Est
ont récupéré des terres sur la Plaine des Cafres pour y pratiquer de l’élevage conventionnel, intensif, derrière des clôtures. Seul Axel Bègue est resté.
«On marquait nos vaches au fer rouge. Sur une cuisse je marquais un rond avec mes initiales BA dedans et sur l’autre cuisse il y avait la marque de l’ONF avec le clairon. On poinçonnait aussi les
cloches ou on taillait un V dans l’oreille, se souvient-il. Mais les marques disparaissaient avec le temps. De petits malins taillaient les oreilles déjà taillées pour faire un W. Il y avait une
mauvaise entente entre nous et l’élevage traditionnel du Cassé de la Rivière de l’Est ne s’est à nouveau développé qu’à partir du moment où il ne restait que moi».
En 1989, la famille Bègue a hérité d’une nouvelle concession sur le plateau pour son élevage traditionnel doublée d’une exploitation de 35 hectares sur la Plaines des Cafres dotée d’un atelier
d’engraissement. L’exploitation a bénéficié de l’agrément de tous les organismes compétents ainsi que des subventions qui vont avec. «A cette époque, une étude du BDPA (Bureau pour de
développement de la production agricole) concluait à la faisabilité d’un élevage pastoral et d’une exploitation sylvicole sur le Cassé de la Rivière de l’Est mais c’est à partir de 2001, que le
conflit a éclaté entre l’ONF et nous», indique Gérard Bègue.
S’ouvrait alors une nouvelle aire répondant à des impératifs de protection de l’environnement. «J’espère qu’ils ne vont pas changer d’avis quand ils nous auront fait partir, tonne Axel Bègue. Si
les mauvaises herbes envahissent le plateau comme à Foc-Foc, s’ils se rendent compte que les vaches étaient bénéfiques à la forêt, il sera trop tard car plus personne ne sera capable de relancer
un élevage traditionnel comme le nôtre».


De mémoire d’homme, il y a toujours eu
des bovins en liberté dans cette forêt «sous le vent», mais pas aussi nombreux. L’intérêt économique du tamarin des Hauts n’est apparu que dans la deuxième moitié du siècle dernier du fait de la
raréfaction des bois de Couleurs des Bas. «Il devait y avoir une cinquantaine de bovins au début des années 1970, mais l’activité de l’élevage hors enclos a été tolérée jusqu’à la fin des années
1980 et leur nombre a pu atteindre le millier. Sachant qu’on ne peut pas les compter puisqu’ils ne sont pas déclarés», relate Pierre Sigala.
En tout cas, elles s’éloignent
complètement de ce qui peut apparaître comme une tradition. Cette tradition d’élevage extensif est par exemple revendiquée du côté du volcan sur le cassé de la rivière de l’Est, même si, là-bas
aussi, les relations entre les éleveurs et le Parc national sont conflictuelles. Mais revenons à la forêt d’altitude de l’Ouest où plus personne ne récupère le fumier, comme cela se faisait pour
les «boeufs piquets» que soignaient les anciens. Les éleveurs déclarés comparent les vaches divagantes à des tirelires sur pattes. Lâchées dans la nature, elles ne coûtent rien à leur
propriétaire, mais celui-ci peut les récupérer quand bon lui semble pour en vendre la viande, à l’abattoir officiel si elles sont baguées, ou sur le marché noir si elles ne le sont pas.




























