Partager l'article ! Une saison en Obamérique 24: 25 juillet 2008 In God We Trust ...
San Clemente, Californie. Retour à la civilisation. Nous arrivons, à embardées hésitantes, au pays des grandes villes.
L'entrée dans un sac de noeuds artériels et autoroutiers comme celui de Los Angeles a pour effet immédiat de nous inciter à l'éviter. Une pieuvre urbaine, encore difficilement repérable, pulse
des courants de métal et de fumée par débit de douze voies de circulation.
Effrayés, décidant de faire mariner l'animal un jour de plus, nous contournons son territoire par le sud en longeant le canyon de San Juan à travers la forêt de Cleveland pour établir notre campement à San Clemente. L'océan Pacifique surgit enfin après 4 000 miles à la vitesse maximale de 90 kilomètres par heure. Sous la protection de Dieu.
Je remercie Dieu par pur mimétisme parce que c'est ce que dirait, je pense, la plupart des Américains au bout d'un tel parcours. Seulement 4 % d'entre eux se déclarent athées ou agnostiques. Ce qui est courageux de leur part car un autre sondage échelonnant les rejets qu'inspirent les différentes communautés a montré que les athées apparaissaient comme étant les moins dignes de confiance, loin devant les homosexuels et les émigrés clandestins. La religion étant considérée comme le seul fournisseur de valeurs, celui qui ne croit pas au ciel en serait dépourvu. Sans foi, ni loi en quelque sorte.
Bien que la ferveur n'ait jamais connu de crise outre-Atlantique, elle a bénéficié d'un sacré stimulant avec l'effroi qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001. C'était à qui serait le plus chrétien dans sa réaction et l'état de l'Indiana a hissé haut la barre en apposant le slogan " In God We Trust ", le même que celui des billets de banque, sur les plaques d'immatriculation de ses voitures. Chaque automobiliste conserve le droit de choisir une autre plaque mais il lui faut alors payer une taxe.
Nous avons donc placé notre confiance en Dieu tout au long de la route, certains de gagner, si ce n'est la protection du Lord, la bienveillance de 96% des autres usagers. Il est des réflexes qu'il vaut mieux acquérir rapidement pour ne pas froisser l'accueil américain. Apprendre par exemple à temporiser en début de repas avant de se lancer, fourchette à la main, à l'assaut de son pâté de viande car, une fois sur deux, le maître de maison inspire à fond avant d' enjoindre ses convives à se tenir par les mains pendant la prière. Avoir alors la bouche grande ouverte, prête à happer la première bouchée, ne le ferait pas du tout...
La séparation des Eglises et de l'Etat, bien que théoriquement inscrite dans la Constitution, n'est pas à l'ordre du jour. Elle ne viendra pas des deux candidats à la présidence obligés tour à tour, surtout côté républicain, à se soumettre aux pressions des protestants et catholiques. Dieu reste au coeur du serment patriotique que les enfants récitent chaque jour face au drapeau.
En début de campagne, John Mc Cain n'avait certes pas osé prétendre que Barack Obama était non-croyant mais il l'avait finement prénommé Hussein pour laisser entendre qu'il aurait reçu une instruction islamique et en aurait adopté les préceptes. Barack Obama n'avait eu aucun mal à produire ses états de présence tous les dimanches matins dans son église de la Trinité et n'a jamais manqué l'occasion de conclure tous ses discours par un vibrant : " que Dieu bénisse l'Amérique ". Lorsqu'il brise un tabou en accusant, à juste propos, les messes dominicales d'être les derniers lieux de ségrégation du pays, il se garde bien d'aller plus loin dans sa réflexion.
Un rapide coup d'oeil sur la carte justifie cette prudence. A Indianapolis, dans un rayon de deux miles autour de chez nous, un quartier qui n'avait rien d'exceptionnel, nous comptions neuf églises et sept temples dont les messages frontaux et évolutifs nous invitaient à prier pour les accidentés de la route, les femmes battues ou les élèves préparant leurs examens. Mais aussi à nous questionner sur la foi, en paraphrasant Kennedy, et nous demander ce que nous pouvions faire pour Dieu au lieu de nous demander ce qu'il pouvait faire pour nous.
Nul n'égratigne Dieu aux Etats-Unis. Et c'est heureux de respecter les croyances de tout un chacun, mais on ose à peine critiquer ses avatars sectaires. Le respectable " New York Times " accueille les publicités de l'église de scientologie sans émotion particulière. Et le très sulfureux ranch " Yearning for Zion " de l'Eglise fondamentaliste des Saints des derniers jours de Jésus Christ, qui a défrayé cette année la chronique avec des histoires de jeunes adolescentes forcées à se marier et avoir des rapports sexuels avec des partenaires bien plus âgés, a finalement gagné la bataille juridique. Les 468 enfants qui avaient été soustraits à l'emprise de cette branche mormone polygame ont dû être rendus à leurs illuminés de parents. Une victoire qui permet à cette association aux relents sectaires d'envisager sereinement la continuité de ses activités.
copyright (textes et photos) : Franck Cellier