Jeudi 25 septembre 2008 4 25 /09 /Sep /2008 08:45

31 juillet 2008

Pour les urgences, composez le 911

 



   New York City. La voiture bradée en trois jours à San Francisco, nous nous sommes engouffrés dans un avion " bas de rayon " de l'American Airlines, direction New York, pour traverser le pays comme un Américain d'aujourd'hui en six heures et non plus comme un pionnier du dix-huitième siècle.

   C'est le moment ou jamais d'une petite leçon d'anglais. " Nine-eleven ", 9/11 : pour dater un événement, il faut placer le nombre du mois avant celui du jour. Nous parlons donc du 11 septembre, 2001 évidemment. Pour prononcer un nombre à trois chiffres, dites d'abord le premier numéro puis les deux suivants. On dira donc neuf-onze, plutôt que neuf cent onze. Il se trouve que " Nine-eleven " correspond aussi au numéro d'appel d'urgence de la police, 911. Voilà qui fait " tilt " dans mon esprit. J'ai pris conscience de l'incroyable coïncidence il n'y a que quelques semaines parce qu'au moment des attaques du World Trade Center, j'étais bien loin de connaître les usages linguistiques de l'Amérique et le numéro des " cops ". Et cette coïncidence, dont je ne peux croire qu'elle ait échappé aux dizaines de milliers de journalistes et commentateurs qui ont couvert l'événement, s'était trouvée noyée sous l'avalanche d'informations et d'analyses qui a suivi.

   Mais aujourd'hui, bon sang, tout fier de ma découverte, j'ai l'impression qu'une nouvelle lumière éclaire enfin le mystère du terrorisme, de ses réseaux, de la psychologie des civilisations et des religions, des services d'espionnage et des conflits armés internationaux. Et je ne suis visiblement pas le seul que " Nine-eleven " interpelle. La proximité du site de Ground Zero y est sans doute pour quelque chose.

   Sa fréquentation prend l'apparence d'un pèlerinage. Les visiteurs des quatre coins du monde en font le tour, se grimpent sur les épaules les uns des autres pour voir le chantier de reconstruction par-dessus les barrières qui le délimitent. C'est bête, il suffirait qu'ils prennent le "Path ", le train de banlieue traversant la rivière Hudson, pour s'éviter toutes ces contorsions, la gare est à l'intérieur du chantier.

   Etonnante décence, par rapport aux habitudes commerciales du pays, les grosses compagnies ont apparemment laissé le champ libre aux petits joueurs, quant à l'exploitation de l'engouement un tantinet morbide que suscite " Nine-eleven ". Un type essaie de vendre une série de photos des attentats en expliquant qu'il a tout vu de son bureau de la tour d'en face.

   Sous l'affiche de ce que pourrait devenir le futur World Trade Center en 2012, une dizaine d'activistes tiennent tribune, toujours photos à l'appui, et soutiennent que le coup est venu de l'intérieur. Quelques avenues plus au nord, un allumé, coran à la main, harangue les passants, les menaçant de punition divine alors qu'un bedeau filme la scène en vue d'une diffusion sur YouTube.

   " Nine-eleven " a traumatisé et traumatise encore le pays. Ce n'est rien de le dire. Les électeurs voteront en novembre en fonction de la manière dont Barack Obama et John Mc Cain ont réagi le 11 septembre 2001. Leurs faits et gestes passés seront anatomisés sur les plateaux de télévision. Les analystes ont tant répété cette question, " Barack Obama est brillant mais a-t-il la carrure et l'expérience pour faire face à une crise majeure ? ", qu'il va bien falloir y apporter une réponse.

   Mais qui pourra alors dire s'il est apte ou non ? Ceux qui une heure après l'attentat étaient prêts à envoyer l'armée en Afghanistan, en Irak, en Iran, en Corée du Nord et même ailleurs pour exterminer la vermine ? Ceux qui ont couru à l'église et ont placé jusqu'à la plaque d'immatriculation de leur voiture sous la protection du dieu des chrétiens?

   J'ai rencontré un vétéran de la deuxième guerre d'Irak du nom de Vince Emanuele (voir l'étape du 12 juillet à Rifle Gap, Colorado). Il se rappelait qu'après " Nine-eleven ", tous les gars de son âge, mais plus particulièrement ceux qui n'avaient pas les moyens de se payer l'université, s'étaient engagés dans l'armée avec la certitude qu'il fallait défendre le pays et combattre le terrorisme où qu'il soit. Un premier contingent était engagé en Afghanistan aussi était-il parti, gonflé à bloc, faire la guerre en Irak.

   Il en est revenu plus pacifiste que jamais, à dénoncer un peu partout les " mensonges " de l'administration Bush. Lui qui croyait libérer un pays du joug des assassins de " Nine-eleven " ne supportait plus les regards de haine que lui jetaient les Irakiens, hommes, femmes et enfants, parce que les opérations de " libération " de l'armée américaine se traduisaient par des destructions de maisons, supposées abriter des ennemis, mais dans lesquelles des civils étaient tués.

   Au lieu de combattre " Nine-eleven ", il avait le sentiment de le prolonger et de le transmettre à l'étranger avec ce même mécanisme de violence envers des innocents et ces réflexes de haine qui en résultent.

 

 

 

 

 

 

 

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copyright (textes et photos) : Franck Cellier


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