Lundi 15 décembre 2008
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A LA PETITE SEMAINE
Casse toi casseur
J'aurais seize ans aujourd'hui, je ne me sentirais pas le bien venu dans le monde des adultes. Le travail ne veut pas
de moi - j'admets que la réciproque est parfois vraie. Le gouvernement se méfie de moi depuis l'âge de trois ans avec sa fabuleuse idée de dépister dès la maternelle mes prédispositions à la
délinquance. La justice me promets la prison dès mon douzième anniversaire.
Même mon lycée m'inquiète. Comme s'il avait de moins en moins vocation à faire de moi un adulte averti. Comme s'il planifiait plutôt de me livrer tout cru au monde merveilleux de l'entreprise.
Comme s'il classait d'un côté ceux, pas très nombreux, auxquels on aiguise les dents de requin pour faire tourner le monde des affaires, et de l'autre côté ceux
qui trimeront dur et consommeront comme des robots.
J'aurais seize ans aujourd'hui, je me sentirais « présumé casseur » à force de me l'entendre dire. Je me sentirais trompé aussi. Même le prof
d'histoire, celui que je trouve si sympa, a l'air de me lâcher. Pourtant on l'avait soutenu il y a quelques semaines lorsqu'il faisait grève. Il avait pris le temps de nous expliquer pourquoi. Et
aujourd'hui, il va nous compter « absents » si on va manifester dans la rue. Ce sera la sanction, peut-être l'exclusion...
C'est vrai que je n'ai que seize ans et que j'apprends, vite, qu'à côté des « casseur présumés », il y a les « casseurs d'école », les « casseurs de grève », les « casseurs de rêve ».
Franck Cellier
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