L'as-tu vu? Qui ça? Un « m'as-tu vu »? Ils sont des dizaines de milliers à avoir vu le visage de Jésus dans les plis d'un coussin à l'église de Cambuston. Ont-ils cru l'avoir vu ou l'ont-ils vu parce qu'ils y croient? Vaste
débat.
Comme les nuages qui prennent la forme de nos fantasmes avant de les déformer et de les faire disparaître, le coussin magique a effacé le visage sacré. Ce qui ne signifie pas, comme dirait un
curé, que le Christ a abandonné son peuple. Il n'est pas plus, pas moins présent qu'hier et que demain.
Mon camarade, sacrilège, n'a rien vu d'autre à Cambuston que le visage grimaçant de Carla Bruni, et l'idée de s'assoir dessus le démangeait. Comme quoi, chacun voit ce qu'il
veut.
Il y en a même qui ont vu Karl Marx rigoler dans les cumulonimbus qui arrosaient les manifestants de jeudi. Il faut se méfier des visions passagères. Ce qu'on croit arracher au patronat en augmentation, on le verse en impôt par la participation publique aux salaires
du privé.
A Madagascar, certains on vu le Che libérateur il y a sept ans dans la nébuleuse des promesses d'un
multiplicateur de yaourts. Ces ultra-voyants expliquaient à ceux pour qui la prise du pouvoir de Ravalomanana était une « autoproclamation » qu'il s'agissait en fait de
la victoire du « fahamarinana », un concept mêlant justice, vérité et foi.
Aujourd'hui, les mêmes voient plutôt la main des réseaux d'influence français dans le coup d'Etat du nouveau libérateur. Et on a tendance à
penser que leur vue, ou leur esprit critique, s'est plutôt améliorée. Faut voir...
Franck CELLIER