A LA PETITE SEMAINE
C’est complètement passé inaperçu. Personne n’a eu l’idée de célébrer le 220e anniversaire de l’abolition des privilèges ce dernier 4 août. Comme s’il n’existait plus de systèmes féodaux à jeter dans les bacs jaunes et verts. D’ailleurs quelle idée saugrenue avaient eu nos ancêtres coupeurs de têtes que d’abolir les privilèges alors que la nature humaine tend plutôt à les rechercher et à les afficher fièrement.
Quelques-uns sont tristes. La Réunion a par exemple encore eu ces jours-ci le triste privilège d’une actualité marquée par la violence familiale. Ou encore, le folklore politique – aujourd’hui à Saint-Louis – offre le coûteux avantage d’épuiser l’électeur et de ruiner le contribuable en une campagne perpétuelle.
Heureusement la majorité des privilèges sont jouissifs : quelques avantages fiscaux, la surrémunération pour les fonctionnaires et pour pas mal de cadres du privé, du soleil presque toute l’année, la magie du métissage… Ceux qui pourraient être jaloux, ou juste malheureux de ne pas y avoir droit, ont la politesse de ne pas trop la ramener. Conscients sans doute que confisquer une faveur à son voisin ne la transfère pas mécaniquement à soi-même.
Deux cent vingt ans après, au lieu de confisquer des privilèges, adoptons la «positive attitude» et revendiquons les : le privilège d’une santé de fer en attendant la grippe A, le privilège de vacances insouciantes avant les cours. Le privilège d’une avalanche musicale sur le Sakifo avant de retrouver la routine. Profite petit, comme un trader de la BNP.
Franck Cellier