Jeudi 1 juillet 2010
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À LA PETITE SEMAINE
Les salauds
Ils fusent, ils fusent, les gros mots, dans les vestiaires et ailleurs. Alors pourquoi ne pas en mettre un en titre, histoire d’attirer l’oeil du lecteur? Sans pour autant risquer un procès assorti
d’une condamnation comme un vulgaire loulou des banlieues qui s’est lâché au passage d’un cortège présidentiel.
Un parcours aveuglant de panache des Bleus au Mondial était censé faire oublier les vicissitudes de l’époque.
Manque de chance, le spectacle s’est terminé lamentablement. De dépit, le pays a sombré dans l’invective.
Un bon gros mot, ça évite de réfléchir trop, et c’est justement le
but recherché.
À défaut d’exploits sportifs, clouer au pilori 23 footballeurs surpayés et leur entraîneur suffirait-il au peuple pour qu’il oublie de s’indigner face à des injustices autrement plus criantes? D’un
côté une milliardaire, fraudeuse fiscale qui rémunérait la femme de l’ex-ministre du budget devenu ministre du travail ; de l’autre l’ensemble des salariés appelés à céder deux années de leur
retraite.
Rarement le fossé n’a été aussi large entre les très-riches bénéficiant de leurs accointances avec le pouvoir et les taxés, les sacrifiés, les privés d’emplois.
Sans s’enfoncer dans la boue des insultes, quelques chemins de résistance se dessinent pourtant : au tribunal quand un juge décide qu’on ne peut pas baisser le salaire d’un agent de 5% d’un
claquement de doigt, dans les rues de La Réunion et de métropole quand deux millions de manifestants rappellent que sur leur front il n’est pas marqué «pigeon »… même si les rides y tracent déjà
les lignes pour l’écrire.