Indianapolis, Indiana. Pas moyen de trouver un gallon d'essence à moins de 4 dollars. La cherté du carburant rend fou de New-York à San Francisco. Les vacances sont fichues. Bah, ça reste deux fois moins cher qu'en France. Bye bye Indianapolis et en voiture tout le monde. Direction plein ouest.
" Indiana-no-place ". Prononciation chewing-gum et " petit nom " de la ville où il ne se passe rien, paraît-il. A part les 500 miles bien sûr ou encore lorsque l'équipe de football - américain of course - explose ses adversaires. Les fêtards débordent peu d'espaces circonscrits et obéissent à une organisation plus rurale qu'urbaine avec ses codes et ses divisions : la tribu des jazzeux, l'ethnie des Hoosiers (*), la communauté des Mexicains...
Ces derniers, criards et rieurs au festival " El dia de la familia " promue par une radio latine, sont en passe de devenir les nouvelles têtes de Turc du coin, maintenant que les restes raréfiés du Ku Klux Klan se dissipent dans les vapeurs de maïs bouilli au milieu de plaines moroses. Ils s'appellent Maria ou Manuel. On ne les aime pas. Pas beaucoup. Parce qu'" ils ne font aucun effort pour apprendre la langue ". Aussi on ne fréquente pas "El dia de la familia" quand on n'est pas mexicain.
Avant, ils s'arrangeaient pour passer inaperçus mais un gros contingent a débarqué dans l'Indiana blanc après le passage du cyclone Katrina sur la Nouvelle-Orléans. Les nouveaux arrivants avaient tout perdu dans les inondations. A défaut de soutien public, ils ont trouvé refuge auprès des églises mexicaines. Leur union a fait leur force pour reprendre le fil d'une vie laborieuse, clandestine puis tolérée.
En plus du cyclone, le renforcement des législations contre l'immigration clandestine dans les Etats plus proches de la frontière, comme l'Arizona ou l'Oklahoma, a poussé les candidats au " rêve américain " dans les Etats plus " coulants ". Si bien qu'en cinq ans la population des hispaniques a augmenté de 31% en Indiana. Par exemple, l'école de la 18ème rue d'Indianapolis comptait un enfant hispanique sur 100 dans ses classes en 2000 ; elle en compte aujourd'hui 55%. Selon les chiffres officiels, l'Indiana accueille désormais 300 000 hispaniques, soit 5% de la population. Le nombre de sans-papiers est estimé, quant à lui, à 85 000.
Personne ne s'étonnera donc que 70% des Hoosiers se disent favorables à un renforcement des lois contre " l'invasion ". Et le principal argument opposé à ce raidissement n'est pas humanitaire. On ne fait pas tellement dans le sentimental ici-bas. Mais, économiquement, l'exclusion de tous les clandestins de l'Indiana représenterait une perte annuelle de 200 millions de dollars en taxes directes dans l'économie locale. Leur pouvoir d'achat est évalué à 4,8 milliards de dollars et, lorsqu'ils envoient 182 millions de dollars dans leurs familles restées au Mexique, la banque en récupère 21,5 en frais de transfert.
Le principal effet de la disparition de ces sans-papiers ne serait pas tant l'évaporation de leur force de consommation que la hausse brutale des prix. Notamment dans l'hôtellerie, la construction et l'agriculture, les immigrants représentent une force de travail inégalable en matière de docilité. La paie d'un Mexicain est en effet deux fois moins élevée que celle d'un Américain.
Mike Platt, directeur de l'association des producteurs de porc de l'Indiana, confiait à " l'Indianapolis Star " que " la nouvelle loi fera flamber le prix du porc " car " tout le monde sait que la plupart des travailleurs sont des immigrés. Quand vous pressez d'un côté du ballon, le coût du travail augmente et le coût des produits aussi. Ce qui est vrai pour le porc le sera aussi pour les voitures, les maisons et tous les segments de l'économie "...
Conclusion d'un professeur d'économie : " Il n'y a pas dans l'Indiana une force de travail de 40 000 à 100 000 Américains capables de couper et ramasser le tabac, de travailler dans les restaurants ou de faire les petits boulots actuellement occupés par les immigrés ". Voilà qui rappelle Fernand Raynaud, fier, dans l'un de ses sketches, d'avoir fait partir l'étranger du village, accusé de prendre le pain des Français. Le seul problème, c'est que cet étranger était le seul boulanger du village.
* Hoosier : habitant de l'Indiana dont l'origine étymologique demeure incertaine. L'hypothèse suivante me plait bien : " Le Hoosier, c'est le descendant de ce plouc irascible qui s'avançait fusil à la main à chaque fois qu'un inconnu pénétrait sur ses terres et beuglait : qui est ici? (who's here - hooz heer) "
copyright (textes et photos) : Franck Cellier










