En rase campagne dans l'Indiana

Lundi 24 novembre 2008 1 24 /11 /2008 18:43

Voilà, le voyage en rase campagne dans l'Indiana est arrivé à son terme. Nous éteignons la caméra et quittons les Etats-Unis.

Mais avant de partir, nous voulions simplement dire au revoir et donner rendez-vous pour de nouvelles aventures, ailleurs, sur komansava.com, dans quelque temps.

Merci.

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Lundi 24 novembre 2008 1 24 /11 /2008 18:41

Russert Il hésite, il éponge son front trempé de sueur, il a le trac. Pourtant la foule le porte : il est la vedette de la soirée. Son père, dont le décès a fait la «une» des médias il y a quelques mois, serait fier de lui. Luke Russert, fiston du journaliste vedette et redouté de la NBC, Tim Russert, doit porter sur ses épaules le poids de la jeunesse américaine.


Petit clin d'oeil et retour sur une soirée électorale historique, comme on a souvent coutume de le dire.

Il faut bien avouer que le suspense n'était pas intenable, Obama étant proclamé président par tous les sondages. N'empêche, à Bloomington où la très grande majorité des étudiants arboraient leur panoplie obamienne bien avant l'annonce du résultat, le doute entourait le sort de l'Etat : l'Indiana conservateur serait-il emporté par la vague bleue ? En fait il l'a été, pour la première fois depuis quarante-quatre ans.

Preuve que ce basculement avait une signification d'envergure continentale, n'ayons pas peur des mots, la NBC avait envoyé son icône de la jeunesse au fin fond du pays des Hoosiers, rappelons une dernière fois que c'est ainsi que s'appellent les habitants de l'Indiana.

Luke Russert, 23 ans, catapulté comme le spécialiste de la nouvelle génération militante, était donc l'attraction de la soirée. Un nouveau président à Chicago, une nouvelle vedette du journalisme à l'américaine dans le hall de réception de l'Université de l'Indiana... et peut-être un nouveau rival pour Nicolas Sarkozy.

Ben oui, regardez ici :

 

 

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Franck



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Lundi 24 novembre 2008 1 24 /11 /2008 18:39

Defile_2

Elle est une jeune fille que rien ne distingue de ses voisines. Une anonyme du campus de l'université de l'Indiana à Bloomington. Avec une centaine d'autres étudiants, elle a choisi de suivre la soirée électorale dans la grande salle aménagée au sous-sol du bâtiment central de la fac. Et comme tout le monde ou presque, elle applaudit quand, sur l'écran géant, la chaîne de télé montre qu'un nouvel Etat vient de basculer dans le camp du candidat démocrate. Et puis, soudain, c'est elle qui comprend la première que ça y est! Que Barack Obama vient de dépasser la barre des 270 grands électeurs, synonyme de victoire. Elle se lève et le crie à tous ceux qui l'entourent. Aussitôt, une centaine d'autres cris se joignent au sien. On s'embrasse, on s'étreint et on crie encore.

Très vite, la salle devient trop petite pour un si grand bonheur et c'est, d'un coup, toute une génération qui sort au grand air, dans la rue et sous le ciel étoilé, pour chanter et scander le nom de son héros. Pour courir et marcher jusqu'au centre-ville. Pour reprendre le slogan de campagne: «Yes we can».

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«Obama, c'est l'avenir et l'avenir de notre pays, c'est nous», voilà ce que disent en chœur ces jeunes de Bloomington qui vivent, pour certains d'entre eux, leur première expérience d'électeurs. Au changement, ils y croient et c'est tout le poids des espoirs d'une très grande partie de la jeunesse américaine que porte aujourd'hui Barack Obama.

Mais s'il n'y avait que ça, ce ne serait rien. Ou pas grand chose. S'il n'y avait que les rêves des jeunes Américains, la responsabilité ne serait pas si énorme.

Quinze joObamaurs avant la victoire de Barack Obama, nous avions évoqué cette possible élection avec Patricia A. Efiom, pasteur de l'église noire de Bloomington. Et quand, elle nous parlait de la tâche qui attendrait Barack Obama s'il venait à l'emporter, cela lui faisait presque peur.

Car ce que cet homme représente désormais pour la communauté noire... c'est énorme. «Ecrasant», selon elle. Tant d'espoirs se sont portés sur sa candidature.

Alors qu'il va recevoir les clés du bureau ovale, Barack Obama a réussi à faire passer un message à valeur universelle. Un message dont nous a parlé Patricia A. Efiom avec le recul de l'observatrice éclairée qui compare les efforts de réconciliation entre Noirs et Blancs en Afrique du Sud et aux Etats-Unis.

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Elle évoquait cette possible victoire avec les yeux brillants d'une femme noire craignant, avec humour, de succomber à une crise cardiaque à l'annonce du résultat de la présidentielle. Les yeux brillants d'une enfant noire émue d'avoir vu sa mère voter pour la première fois. Celle-ci avait attendu 75 ans qu'un homme réveille sa foi en la démocratie.

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Les rêves de la jeunesse, les espoirs des Afro-Américains et après? Et après, il y aussi le désir de changement d'une grande partie de l'électorat blanc. De ces Américains qui pour certains ont voté Bush il y a quatre ans et le regrettent aujourd'hui. Et qui pour d'autres sont, comme Jeff Padgett, des démocrates de cœur depuis toujours.

Il y a un mois, ce fermier «bio» de Springville, un petit village situé au sud de Bloomington, nous disait combien il croyait en Barack Obama. Blanc ou Noir, peu importe, il y croyait et, c'est sûr, depuis hier, il y croit encore plus fort.

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Franck et Bruno



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Lundi 24 novembre 2008 1 24 /11 /2008 18:36

Sheriff035 Encore une idée reçue qui tombe à l'eau. Le shérif de Bloomington ne fait pas peur. James L. Kennedy a été élu à ce poste il y a deux ans. Il s'était présenté sous l'étiquette démocrate. Mais la philosophie politique comptait moins à ses yeux que les compétences pour assumer la fonction. C'est donc un discours rassurant que tient ce sherif de 67 ans.

Il a occupé de nombreux postes au sein des forces de l'ordre américaines et a généralement été nommé par des Républicains. «Peut-être, me croyaient-ils républicain...», glisse-t-il en souriant. Comment pouvaient-ils le deviner puisque James L. Kennedy se veut apolitique dans sa façon de mener ses hommes. Pas d'idéologie, juste de l'efficacité.

Etoile Et il regrette de devoir passer devant le jugement, pas toujours très inspiré, de l'opinion publique pour accéder à ce poste sensible. Une spécificité américaine qui permet parfois à un «beau parleur» de devenir sherif sans en avoir forcément les compétences.

Mais ainsi le veut la Constitution. Alors lui, il s'efforce de présenter les faits du mieux qu'il le peut pour que ses administrés votent en toute connaissance de cause. Sauront-ils par exemple comprendre que la prison de Bloomington est surpeuplée et choisiront-ils de payer pour en construire une nouvelle ? Ou préféreront-ils, comme ils sont tentés de le faire, de réduire leurs impôts quitte à ce que les délinquants, présumés ou condamnés, soient détenus dans de mauvaises conditions ?

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Arrestation Avant sa retraite dans deux ou six ans selon sa réélection pour un deuxième mandat, il espère donc améliorer les conditions de détention à la prison et rendre les formalités juridiques accessibles aux hispaniques de plus en plus nombreux dans la région. Bref un shérif de proximité qui veut rendre l'exécution des lois aussi transparente que possible.

A mille lieues de l'idée qu'on se fait de la police américaine ; lorsqu'elle fait remplir des questionnaires aberrants aux visiteurs sur leurs éventuels liens avec une organisation terroriste, ou lorsqu'elle apparaît violente et parfois raciste dans certains documentaires ; le shérif de Bloomington nous a invité à suivre l'un de ses hommes, Pete Mullies, en mission de routine (cambriolage, enquête de quartier, contrôle routier). L'occasion de réaliser un rêve d'enfant : foncer, sirènes hurlantes, à travers les embouteillages.

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Franck



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Lundi 24 novembre 2008 1 24 /11 /2008 18:34

Blackindians1Blackindians2 Tina Turner, Jimi Hendrix, Michael Jackson: ces trois-là partagent autre chose que d'être des stars, passées ou présentes, de la musique américaine. Ils ont tous du sang indien qui coule dans leurs veines. Ils sont ce qu'on appelle ici des Black Indians.

Leur réussite peut certes être érigée en symbole d'une Amérique qui se mélange et qui, en se mélangeant, fait éclore tous ses talents. Mais derrière ces quelques cas isolés, il y a une histoire méconnue. Une histoire qui dure encore et qui voit s'affronter, dans l'indifférence de la plupart des Américains, certaines nations indiennes et des descendants d'esclaves.

Cette réalité oubliée, nous l'avons découverte par hasard. Un dimanche matin, nous avons rencontré Delphine Criscenzo, une étudiante française qui étudie à Bloomington depuis deux ans. Passionnée par l'histoire des Noirs américains, elle s'est spécialisée dans celle de ces hommes et de ces femmes qui ont la peau plus ou moins noire, qui revendiquent leurs ancêtres indiens et qui, pourtant, peinent à se faire reconnaître par la nation cherokee.

Dès le début de l'esclavage, le destin des tribus indiennes du sud-est des Etats-Unis se mêle à celui des esclaves. Il arrive que les liens deviennent à ce point étroits entre les Indiens et ceux qui fuient leurs chaînes, que les maîtres blancs s'en inquiètent et prennent soin de les séparer. Il arrive aussi que les Africains ne fassent que tomber d'une servitude dans une autre. Car certaines tribus ont vite fait de comprendre tout l'intérêt économique qu'elles vont pouvoir tirer de cette main d'œuvre.

En 1825, on ne compte plus que 13 563 Cherokees, mais ces mêmes Cherokees possèdent 1 217 esclaves. Et lors d'un autre recensement, dix ans plus tard, on estime que 10% d'entre eux ont au moins un ancêtre africain.

En 1830, lorsque cette tribu doit quitter sa terre pour aller s'installer dans une réserve à l'ouest, dans l'Oklahoma, elle emmène ses esclaves avec elle. Et lorsque l'esclavage est aboli, le gouvernement fédéral lui impose de leur rendre leur liberté et de leur reconnaitre le droit de prendre la nationalité cherokee. Un traité est signé en 1866. Loin de tout régler, il est à l'origine d'un malentendu qui dure encore et qui s'est envenimé depuis quelques années.

Car certains descendants d'esclaves réclament toujours en vain d'être reconnus comme de vrais Cherokees. Ils se heurtent au refus d'une nation qui a, en la matière, les pleins pouvoirs mais qui est également soumises à de terribles pressions. L'an dernier, une élue de la Chambre des représentants est allée jusqu'à déposer un projet de loi qui prévoit la fin de la nation cherokee et donc la suppression des aides fédérales versées à sa population soupçonnée d'être animée de préjugés racistes.

Regardez ici :



Tout cela peut paraître bien loin de l'élection du prochain président. Mais est-ce si évident? Pas sûr. Car Barack Obama a du sang cherokee par sa grand-mère maternelle. Et surtout, on peut voir beaucoup de choses dans ce bras de fer entre deux minorités victimes de  l'histoire américaine. On peut y distinguer un symbole des fantômes qui hantent le passé de ce pays. On peut aussi y deviner la façon dont fonctionne cette société qui a la manie de classifier sa population. Cela lui permet sans doute de diagnostiquer plus facilement les problèmes inter-ethniques qu'elle rencontre. Mais cela peut aussi les cristalliser jusqu'à l'absurde lorsqu'il devient compliqué de faire entrer dans une catégorie tout un groupe d'Américains.

Bruno

PS: Pour en apprendre davantage sur cette question, on peut aller faire un tour sur le site des Freedmen qui revendiquent la nationalité cherokee.
On peut aussi visionner sur Youtube, une vidéo sur les Blacks Indians et une autre sur la position officielle de la nation cherokee.




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