RAIDERS 2000
«Vous avez une chance inouïe»
Ils sont partis en ordre dispersé et se sont encore un peu plus éparpillés d’une ravine à l’autre. Pourtant, ils font partie d’un même team, celui de la gendarmerie. Sur une épreuve aussi individuelle que le Grand Raid, qu’est ce qui pouvait lier les 63 «Raiders 2000»? Réponse au bout des 163 kilomètres. |
«Vous êtes des p… de privilégiés»! La phrase sonne comme une insulte pour ces raiders, meurtris par
l’effort et allant puiser leurs dernières forces dans les tréfonds de leur volonté. Ils sont qualifiés partout de héros. Ils entreprennent publiquement, en plus de leur périple de 163 kilomètres
à travers les montagnes réunionnaises, un éprouvant voyage dans l’inconnu, au-delà de tout ce qu’ils savent d’eux-mêmes en matière de résistance et de fatigue. Et voilà qu’on les traite de
«privilégiés».
Frédéric Lodens, le coach sportif d’une dizaine de participants inscrits au sein de l’équipe des «Raiders 2000», affiliée à la gendarmerie, a cependant le droit et le devoir de dire leurs quatre
vérités à ses coureurs puisque, justement, tout le monde est là dans une épreuve de vérité. «C’est un privilège de pouvoir se payer le Grand Raid quand des gens crèvent la dalle. Je m’étais
préparé pour participer avec eux mais j’ai eu des problèmes de santé et j’ai dû rendre mon dossard. Ils savent très bien que j’ai les boules de ne pas être avec eux sur les sentiers. Alors c’est
la première chose que je leur dis : Vous avez une chance inouïe d’être là»!
Jeudi soir à Saint-Philippe. En connaissance de cause, jeudi, les «Raiders 2000» se sont rendus sur la ligne de départ au Cap Méchant en bus ou par leurs propres moyens.
Mis à part l’écusson que certains avaient collé sur leur sac, il était impossible de les repérer. Noyés dans la foule en ordre dispersé. Le Grand Raid est avant tout une affaire individuelle.
Intime même. Quand Fabrice Sanson réussit à s’allonger et à fermer les yeux sur la pelouse du stade, Sébastien Gautrais, lui, a les yeux grand ouverts, surexcité par l’épreuve qui l’attend :
«J’ai eu du mal à dormir la nuit dernière. J’ai la course dans la tête».
Le risque de «se griller»
Aucun des «Raiders 2000» ne concourt pour jouer la gagne, ni même le top 100. Chacun est engagé dans une compétition face à lui ou elle-même. Pourtant, au coup de feu, la folie du sprint s’empare
de tout le monde. Sprinter réputé sur deux-roues, Armand Henriette raconte : «J’étais dans les premiers sur la ligne de départ. Après le premier virage, il y avait une foule devant moi sur la
ligne droite. Je me demande d’où ils sont sortis».
Au petit matin, Frédéric Lodens encourageait ses coureurs à Mare-à-Boue. «Ils sont préparés physiquement et mentalement. On n’a plus de conseils à leur donner une fois en course mais ça leur fait du bien psychologiquement de me voir».
Vendredi matin à Hell-Bourg. Dans le même temps, les gendarmes ouvraient leur poste de Hell-Bourg et accueillaient les deux kinés bénévoles ayant répondu à l’annonce
postée sur un site internet spécialisé. À 6h40, ils ont donné quelques affaires de rechange au Népalais Dawa Sherpa mais il faudra attendre 10h pour que se pointe le premier «Raider 2000», Joseph
Boyer, détendu et souriant. Il est vite rejoint par Jean-François Robert, puis par Krishna Ranganayaguy qui se plaignent du «traquenard» dans lequel ils ont été embarqués à Bélouve. Les trois
dalons font la course plus ou moins ensemble. Quelques jeunes athlètes du club de Saint-André sont venus les encourager. Krishna se demande si Jean-François ne risque pas de «se griller» en
suivant Joseph de trop près. Lui, en tout cas, il commence à douter…
«Et une soupe de nouille, une!», s’exclame le chef de poste, Pascal Jacquet. Les coureurs se pressent sur les lits de camps, chouchoutés par leurs proches et par les kinés. Il y a là Bruno
Febvre, parti pour faire une belle course et Philippe Vergnes qui se trouve «moins bien qu’il y a deux ans». Il abandonnera en effet à Cilaos mais se consolera avec la belle performance de sa
compagne Nadine Chabaud dans le Trail de Bourbon.
«Un sacré coup de sabot»
Eric Garcia, lui, avale son poulet en se disant : «C’est quand même la première fois que je galère comme ça »… Christian
Hamer rigole, tout heureux d’avoir un masseur sur chaque jambe. «J’ai des jambes toutes neuves», crie-t-il avant de repartir. Deux gendarmes de Saint-Gilles, Laurent Mounier et Laurent Turquetit,
semblent se surveiller de près. Le premier a un peu d’avance et Pascal Jacquet lui conseille, en plaisantant, d’en profiter pour semer son collègue. Les deux compères finiront de toute façon en
même temps à la Redoute. Au fond de la tente, Fabrice Sanson, «le dormeur du départ», déguste ses pâtes sous le regard admiratif de sa fille.
Pour eux, le Grand Raid est – encore – souriant. Pas pour Armand Henriette qui vient de rendre son dossard. «Je n’arrive plus rien à avaler. Je n’ai plus de force. Même s’il y en a encore
beaucoup derrière moi, ça ne sert à rien de continuer comme ça. C’est quand même un sacré coup de sabot que tu prends quand tu abandonnes». Pour lui remonter le moral, d’autres projets sportifs
attendent le duathlète-raideur-cycliste.
Ils seront plus de 300 à être disqualifiés parce que hors-délai à Hell-Bourg. Sébastien Gautrais est passé juste à temps. Trois quarts d’heures avant la fermeture du pointage.
Vendredi soir à Deux-Bras. Entre Hell-Bourg et Deux-Bras, il s’est évidemment passé un monde, 55 kilomètres, 5 937 mètres de dénivelés positifs et négatifs, des douleurs physiques impossibles à chiffrer et une multiplication des écarts. Les gendarmes ont installé deux tentes «tout confort» au bout de la piste qui longe la Rivière des Galets. Les épouses donnent un coup de main aux commissaires en tenant l’un des deux postes de pointage. Quatre masseurs et une vingtaine de bénévoles se relaient, deux nuits durant, pour assurer l’accueil des «Raideurs 2000» et parfois de leurs compagnons de route rencontrés sur le parcours.
Le «miracle» du genou droit
Samedi matin à Deux-Bras. Derrière David Elizeon et Bruno Febvre, c’est Christian Hamer qui débarque à 4h du matin, flanqué du Pyrénéen Benoît Coulombier. Les deux
hommes s’accordent une heure de repos. Ils se sont connus à Mare-à-Boue et ne se sont plus quittés. «À deux c’est mieux que seul, sans lui j’aurais abandonné», affirme Benoît. «La nuit, sa
présence m’a boosté, renchérit Christian. C’est la première fois que je fais une vraie rencontre sur le Grand Raid, d’habitude c’est éphémère. On a passé 120 kilomètres à parler du boulot, du
sport, du pays, à blaguer pas mal…» A la Redoute, ces deux-là s’échangeront leurs numéros de téléphone.
Arrivé 10 minutes avant eux, Jean-François Robert est seul. Et il en bave. Il n’arrive plus à se réveiller. «Il ouvre les
yeux puis les referme. On ne peut pas le laisser se rendormir, on le secoue un peu», explique une bénévole. Mais le Sainte-Rosien n’en peut plus. Il a perdu les deux copains qui l’accompagnaient
à Hell-Bourg. «Si ma femme n’était pas descendue dans Mafate pour me voir passer à Trois-Roches j’aurais abandonné à Cilaos, comme Joseph et Krishna »… Il grimace, ses jambes sont raides. Elise
et Céline lui massent chacune une cuisse.
Il passe une première fois vers le poste de pointage. Mais à peine a-t-il fait quelques pas, il s’arrête et murmure dans un rictus : «Ça ne va pas». Il n’arrive plus à plier sa jambe droite et
revient en boitant vers la tente des gendarmes. Pierre, un troisième masseur, lui tâte le haut du péroné. Il plie cette jambe raide. Allongé sur le dos, Jean-François plisse les yeux à en
pleurer. Au bout d’un quart d’heure de manipulation, Pierre tape d’un coup sec sur l’extérieur du genou. Jean-François se relève et parle d’un miracle. Le voilà reparti, accompagné par une
assistante jusqu’au pied de la montée de Dos d’Ane. Il n’abandonnera pas et franchira la ligne d’arrivée samedi à 17h20.
Dimanche à la Redoute. Sébastien Gautrais arrivera dimanche à 12h49 après trois nuits dehors. Il a marché «au mental» avec les pieds détruits. «Je ne veux plus voir de
podologues, j’en ai trop vu», lance-t-il en descendant du Colorado. Pour lui, «le Grand Raid, c’est la quintessence du sport», «un combat contre soi». La voilà la réponse à la question : Qu’est
ce qui lie les 63 «Raiders 2000»? Ils ont partagé les mêmes armes, kinés, lits Picot et tentes militaires. Ils ont été poussés, nourris et soignés par les mêmes gendarmes et leurs épouses pour
mener leur combat. Une «chance inouïe» qui devrait leur donner envie de rempiler. Non?
Franck CELLIER
Les compagnons imaginaires
80% de la performance relève du mental plutôt que du physique. Nombre de coureurs ont ainsi «prévisualisé» le Grand Raid pour mieux l’aborder. «Je leur dis de penser à leur arrivée sur la ligne à la Redoute», confie Frédéric Lodens. Ainsi, les coureurs se préparent «une bibliothèque d’images positives». Et ils se passent le diaporama dans les moments difficiles.
Des hallucinations fréquentes
C’est ce qu’a fait Christian Hamer, mais il n’avait pas que ça. «J’ai emmené dans mon sac le doudou de ma fille. Je peux vous dire que je lui parlais dans les moments difficiles. Je lui disais :
ne t’inquiète pas petit, on va rentrer». Et ce doudou était léger. On peut même penser que ce sont ces «compagnons imaginaires» qui portent les coureurs plutôt que l’inverse.
Nombre d’entre eux disent en effet «faire le Grand Raid pour un autre». La course est pleine de «belles images». Chez les «Raiders 2000», Gilles Ecormier, sportif accompli, avait choisi
d’accompagner sa grande soeur Viviane et ils ont franchi ensemble l’arrivée dimanche matin à 1h08. D’autres le font «pour un proche qui n’a pas la capacité de le faire», parce qu’ils sont
handicapés quand ils ne sont pas disparus. Le journaliste belge Frédéric de Lanouvelle courait cette année pour «vendre» les 9 000 mètres de dénivelé au profit de l’association Vaincre les
maladies lysosomiales.
Les coureurs sont donc rarement seuls en course. Parfois leurs amis imaginaires sont rejoints par d’autres compagnons tout aussi virtuels. Témoignages d’Alain rencontré sur la montée de Dos d’Âne
: «J’ai eu des hallucinations dans Mafate. J’ai vu mon entraîneur sur un canoë. Vous vous rendez compte : en pleine montagne, sur le sentier, mon entraîneur sur un canoë». Alain ne précise pas si
son entraîneur lui a dit aussi : «Ne t’inquiète pas petit, on va rentrer!»
Rien n’est laissé au hasard
Thierry Calcine a mis sa rigueur militaire au service de sa passion sportive et de celle de ses camarades pour organiser la logistique du CSAG (Club sportif et artistique de la gendarmerie) sur le Grand et le semi raid. Les coureurs de montagne sont réunis au sein de la section «Raiders 2000». La moitié d’entre eux ne sont d’ailleurs pas gendarmes. Ils se joignent au groupe par affinité, par amitié, tout simplement parce qu’ils ont pu remarquer, saison après saison, que la rigueur gendarmesque pouvait constituer un sérieux atout.
«Rien n’est laissé au hasard et ce, plusieurs mois à l’avance. Cette année, les entraînements ont commencé en janvier par une boucle au Maïdo. Chaque mois une sortie était inscrite au
programme. Les quatre dernières permettaient de reconnaître le parcours de la Diagonale en quatre tronçons.
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Mais ça va très bien aujourd'hui
depuis que je viens de réussir à écrabouiller le moustique qui tournait autour de moi. Je ne sais pas vous, mais moi, les moustiques, ça peut me gâcher une journée, me polluer une sieste, me
pourrir un repas. Et surtout ça tourne à l' obsession en cette saison. Alors, oui, quand j'ai entendu hier à la radio qu'on envisageait de leur balancer une bactérie dans la trompe pour
réduire de moitié l'espérance de vie des femelles, j'ai commencé à me sentir mieux. Et quand ce matin, j'ai lu dans le Jir que les scientifiques étudiaient l'option d'un envoi massif de mâles
stériles pour réduire les naissances de larves d'aedes albopictus et d'anophèles arabiensis, vecteurs à eux deux du chikungunya et du paludisme, j'ai carrément exulté.
Et puis, cerise sur le gâteau, on
apprend que le museum d'histoire naturelle va récupérer un ancien locataire du zoo, et pas le moindre puisqu'il s'agit de Princesse, la tigresse. Le fauve pour être plus précis à l'attention
de ceux qui pense à la belle Raymonde du Moufia. Eh bien Princesse la tigresse avait été piquée par le véto du zoo du Chaudron parce que ses insuffisances rénales n'étaient plus soignables. Le
taxidermiste du museum va lui donner une seconde vie, un peu comme Lénine en quelques sorte...
Je ne sais pas ce
que le nouveau maire de Saint-Leu choisirait mais il a en tout cas décidé de frapper fort contre le « crime organisé » dans sa commune en partant en guerre contre les détournements de caris dans
ses cantines. Oui, vous avez bien entendu, il y aurait à Saint-Leu des cantinières qui retireraient la nourriture de la bouche affamée des écoliers pour l'emmener chez elles. Ou chez eux pour
ne pas faire de sexisme.
En pages Faits divers, c'est ce que l'on
pourrait bien appeler une série noire. Après les noyades de la veille, c'est cette fois-ci une chute mortelle à la Plaine des Sables qui prend la vie de Marina Vellaidom, une jeune mère de
famille de 30 ans, originaire de Saint-Joseph. Et l'on apprend aussi le décès d'Ulrich Clain, champion de la Réunion de boxe Thaï en 2007; ce sportif de 26 ans est mort des suites de
l'accident de la route dont il avait été victime le 31 décembre dernier.
Autre mauvaise nouvelle, Clicanoo
souligne un cas mortel de leptospirose, la tristement célèbre « maladie du rat » parce qu'on l'attrape au contact de l'urine du rongeur. Cette fois-ci, elle a frappé un agriculteur de
Sainte-Suzanne. Un cas qui n'est hélas pas exceptionnel car il en survient plusieurs par an.
Tout cela n'est pas très joyeux, j'en
conviens. Et pour finir, on note dans le journal officiel la parution du rapport de Jean-Marie Delarue, contrôleur général des prisons. Il y relève une fois encore, le manque criant de
moyens écrivant que : « les cours de promenades sont des lieux de non-droit » où les matons ne peuvent même plus intervenir. Ce n'est pas la Réunion qui dira le contraire quelques
jours seulement après le décès d'un détenu à la prison du Port. Décès survenus justement au cours d'une bagarre générale dans la cour de promenade....
L'actualité réunionnaise, c'est encore -
Clicanoo l'annonçait hier, le Quotidien le confirme aujourd'hui - la grosse dette sociale dont hérite Huguette Bello à Saint-Paul. Son prédécesseur, Alain Bénard, n'avait pas payé les
cotisations Assedic des employés communaux en 2005 et 2006. La nouvelle municipalité devra consacrer 11,6 millions d'euros à payer la facture. Je ne sais pas ce qu'en dit Alain Bénard, mais il
a peut-être péché par excès de confiance. Persuadé qu'il détenait les clés du développement durable, il s'est sans doute également persuadé que personne, parmi ses employés, ne se retrouverait au
chômage. Manque de bol, c'est lui qui y est comme disent les enfants.









