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A LA PETITE SEMAINE
La cherté de la vie
« Comme en Guadeloupe, c'est la cherté de la vie que l'on combat », commente l'anthropologue Charlotte Rabesahala à propos des dernières manifestations à Madagascar. Elle aurait également pu rajouter: « Comme à la Réunion » où environ 6 500 personnes ont manifesté pour la hausse du pouvoir d'achat.
Mais à Tana, la cherté de la vie s'est réduite à l'horreur de cadavres carbonisés dans les incendies de magasins et d'entrepôts en train d'être pillés, ou de corps écrasés sous l'effondrement de stocks de sacs de riz et de bidons d'huile alimentaire.
Peut-on imaginer pire contraste que cet anéantissement et cette tragédie comparés au front revendicatif et festif d'une manifestation?
En préférant s'emparer du pouvoir par la rue plutôt que par une élection en 2002, Marc Ravalomanana avait légitimé par anticipation la tentative de renversement qui le menace aujourd’hui. Lui aussi disait combattre la cherté de la vie en promettant que chaque Malgache mangerait de la viande trois fois par jour.
On y crie, on y rie et on y pleure - parfois sous l'effet des lacrymogènes - mais la rue, dernier lieu d'expression pour ceux qui accusent le pouvoir en place de surdité à leur égard, ne mène pas forcément à la place de la Victoire. Voire presque jamais. Arrive un moment ou la foule se disperse, un moment où l'on fait les comptes. Calcul tragique à Madagascar, calcul d'apothicaire par chez nous pour se rendre compte à la fin du cortège que la vie est toujours aussi chère. Et que le combat continue.
Franck CELLIER