16 juillet 2008

Ils crachent sur les frites pour les faire briller

 


    Mesa Verde national park, Colorado. La route est longue, le décor est immense et nous sommes tout petits. Un mauvais café dans le porte-gobelet, le coude gauche cuit à feu doux sur le bord de la fenêtre. Il a fallu deux semaines de route pour que je remarque la fine inscription en bas du rétroviseur : " les objets dans le miroir sont plus proches qu'ils ne semblent ". De toute façon, les objets dans le miroir sont bien rares, à part la route qui s'enfuit. En fait, rien n'est proche, tout est loin.

    Pas étonnant que les Indiens troglodytes qui s'étaient sédentarisés dans les falaises du massif de Mesa Verde aient décidé un beau jour de plier bagage, plongeant, mille ans plus tard, les archéologues dans la plus grande perplexité quant aux raisons de ce déménagement soudain. Ils ne pouvaient se contenter des seules croquettes assaisonnées vendues dans les rares stations-service de leur savane. Alors, ils ont cherché de quoi se remplir le ventre. Une aventure en Amérique.

    A part dans les campagnes alimentées par les corbeaux, c'est l'abondance, le goûteux, le graisseux, l'obèse. Oui, ils sont gros. Enfin, pas partout, mais pour la plupart des familles, le surpoids n'est pas un souci. Il se vit donc sans complexe. Une enquête récente affirme que 30% d'entre eux sont obèses, qu'un bébé sur quatre (de 4 à 24 mois) mange des frites une fois par jour pendant que, dans le même temps, la même proportion d'adultes entre dans un fast-food. C'est en passe de devenir le problème de santé numéro 1.

    La malbouffe trouve sans doute de multiples origines, sociales, économiques, psychologiques... Mais il saute aux yeux que l'impunité dans laquelle évolue l'industrie agro-alimentaire y est pour beaucoup. Tout est outrageusement sucré, même la viande et la moutarde. Le goût est aboli, c'est Mozart qu'on assassine. Les enfants ne font plus la différence entre une brochette de chamallows grillés, délicieuse, et une saucisse au miel, infecte.

    Comble du ridicule - ou du cynisme - McDonalds se dresse parfois en défenseur de la nourriture saine, par exemple en stipulant sur ses menus que tel cheeseburger ou plat de nuggets est à base de " vrais ingrédients ", ce qui laisse songeur quant à la nature desdits ingrédients lorsque rien n'est précisé.

D'ailleurs, beaucoup de marchands de hamburgers ne précisent pas de quelle viande il s'agit. A la cantine, certains enfants ne mangent pas de boeuf, d'autres pas de porc. Mais, même quand il y a quelque chose au menu qui ressemble à du poulet et qui s'appelle chicken, on ne leur en donne pas car le fournisseur ne peut pas garantir le nom de l'animal transformé...

    Au début du mois de juin, une épidémie de salmonelle a touché plusieurs états : le Nouveau Mexique, le Texas, l'Arizona, la Californie, le Colorado, le Connecticut, l'Idaho, l'Illinois, l'Indiana, le Kansas, l'Oklahoma, l'Oregon, l'Utah, la Virginie, Washington et le Wisconsin.

    Plus de 150 personnes ont été infectées et 23 ont dû être hospitalisées. Le gouvernement fédéral était incapable de localiser la source de l'infection tant la traçabilité des aliments relevait de l'irréel. Les officiels ont juste émis un doute sur les tomates distribuées dans tout le pays.

    Sentant le bon coup publicitaire, Mcdo, suivi par quelques autres concurrents, a pris la tête de la croisade contre l'empoisonnement et a retiré, à grand bruit, les tomates de ses sandwiches, jusqu'à ce qu'une nouvelle récolte débarque sur les rayons. Je fus même étonné qu'il ne lance pas une campagne nationale d'affichage pour vanter son fameux " Bigmac salmonella free " (sans salmonelle). On apprenait deux mois plus tard que l'infection provenait, " peut-être ", de la chaine de conditionnement d'une usine mexicaine spécialisée dans le piment.

    Les Américains préfèrent manger au restaurant plutôt que cuisiner. Heureusement, pour ceux d'entre eux qui ont les moyens, des restaurants et des épiciers défendant une alimentation " organique ", c'est-à-dire biologique, se sont aussi développés. Mais pour la masse, la " middle class ", c'est tous les jours Dairy Queen, McDonalds, Taco Bell, Hardees, Kentucky Fried Chiken,  Subway, Baskin Robbins, Chipotle, Burger King... Il y en a une centaine. Je ne les ai pas tous pratiqués mais peux tout de même vous dissuader de mettre les pieds dans un Dairy Queen, le pire de tous, et constant dans la crasse quel que soit l'endroit. Les employés, mal payés cela va de soi, ne lavent jamais l'unique uniforme du comptoir qu'ils passent à leurs successeurs lorsqu'ils quittent le job et, ça ne peut qu'être délibéré, refusent de se nettoyer les mains, se laissent pousser les boutons, puis crachent sur les frites pour les faire briller.

 

 

 

 

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copyright (textes et photos) : Franck Cellier

 

 
 
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